Hospice de Malrigou 2026, Saint Jean d'Estissac (Dordogne)

L'art est dans ma Nature !

Le Périgord passe à table :

La vue, Les céramistes parisiens des années 50, Art contemporain et Art de la table 

Depuis plusieurs années, le domaine de l'Hospice de Malrigou ouvre ses jardins aux visiteurs à l'occasion des traditionnels « Rendez-vous aux jardins » organisés par le ministère de la Culture. 


Cet évènement poétique sur le tempo « L'art est dans ma nature » dure le temps d'un week-end, mêlant avec enchantement la céramique contemporaine avec la botanique du jardin.


Pour cette 22e édition présenté par au jardin de Malrigou par Philippe Chambost, l'évènement a donné un coup de projecteur sur le thème de la Vue, mettant à l'honneur  les arts de la tableles céramistes parisiens des années 50 jaune et coup de projecteurs sur les cinq créateurs contemporains invités :

- Catherine Aerts Wattier, artiste peintre

- Fabienne Claesen, peintre-sculptrice

- Louis Capron, sculpteur-céramiste

- Catherine Dix, céramiste

- Marie France Lesné, sculptrice-céramiste

De gauche à droite, F.Claesen, MF Lesné, P.Chambost, L.Capron, C.A Wattier, C.Dix, Jardin de Malrigou 2026

Exposition dans l'ancien atelier

de Pol Chambost.

pol chambost frere cloutiers
Mado Jolain
georges jouve
pol chambost frere cloutiers
pol chambost frere cloutiers

Les céramistes parisiens des années 50/60

Dans les années 50, tous les regards étaient tournés vers Vallauris, la cité des cent potiers où le peintre Picasso est devenu potier dans l’atelier Madoura. Pourtant, Paris et sa région connaissent tout autant le renouveau de la céramique avec l’éclosion de jeunes et talentueux céramistes. La capitale fut une grande école de formation pour les Arts appliqués même

pour certains vallauriens comme Roger Capron, Jean Derval, Robert Picault ...


Paris fut aussi un centre de diffusion et d’expositions par le biais des grands magasins dès le XIXème siècle (Emile Bourgeois, Rouard, l’Escalier de cristal) et des maisons comme Primavera  (le Printemps) pour la décoration ou comme

Christofle pour le luxe de la table. Lieu de prestige pour les expositions institutionnelles, Paris fut surtout le premier siège de la Chambre Syndicale des céramistes parisiens (aujourd’hui la Fondation des Ateliers d’Art) qui lança dès 1949 l’organisation du Salon des Ateliers d’Art (aujourd’hui Salon Maison&Objet).

Ce salon sélectif a permis aux céramistes de l’après-guerre de diffuser leur œuvre en créant une image attractive de l'objet céramique, de la pièce unique à la petite série.


Paris et sa proche banlieue, une pépinière artistique :

Parmi les nombreux ateliers de céramistes, citons intramuros, Jacques Blin et Olivier Pettit à la Villa Hallé et leurs voisins à trois pâtés de maison, Georges Jouve rue de la Tombe-Issoire, Mado Jolain  rue d’Alésia, Valentine Schlegel quartier Alésia, ou encore Fernand Lacaf  22 rue d’Italie. Citons aussi les ateliers parisiens de Denise Gatard, Claude Janine Leroux-Vilbert, André Aleth Masson, Lucien Neuquelman, Peter et Denise Orlando,  Paul Pouchol, Pierre Roulot, le couple Ruelland, Klaus Schultze ...

A Ivry-sur-Seine, Jean Besnard, Pol Chambost, Les frères Cloutier (puis Paris), le couple Palley ... A Saint-Maur, Marcel Guillot, à Meudon, Guidette Carbonell, à Montreuil, Verceram, à Verrières-le-Buisson, Pierre Fouquet...

A Paris encore œuvrait la styliste Colette Gueden en lien avec de nombreux céramistes pour fournir le magasin de décoration Primavera.


Le style des années 50-60

Entre les deux guerres, le mouvement artistique prôné par les fondateurs de l'UAM (Robert Mallet-Stevens, René Herbst, Jean Prouvé, Charlotte Perriand, Le Corbusier...) se manifeste par l'exposition Formes Utiles : la fonction doit accompagner la forme. Celle-ci, pure et dépouillée de tout ornement, doit explorer de nouveaux matériaux, pour un nouvel usage et une vision moderne des arts décoratifs, accessible pour le plus grand nombre. Cette théorie moderne des arts décoratifs, doublée en 1947 par la vision prolifique de Picasso dans l'atelier Madoura de Suzanne Ramié, va débrider, du carcan de la tradition, les céramistes français.


Les jeunes céramistes parisiens vont œuvrer pour s’affranchir du poids des traditions, de l’Imagerie et du style populaire des années 40, en libérant la forme sans mépriser la fonction : ‘l’objet parfaitement beau doit être utile et l’objet utilitaire pourvu d’esthétisme, un esthétisme nouveau et inédit en phase avec la modernité.’


Ainsi nait le style dynamique biomorphique, qui est lié et relié au vivant par le jeu de courbes évoquant inconsciemment la nature. Les tubes, cônes, diabolo ou bouteilles... brillants, mats ou granuleux, vont faire échos aux courbes gracieuses ou aux volumes biomorphiques de certains vases, pichets, coupes ou « vide-poche ».

Côté anthropomorphe, le charme et la volupté du corps humain sont mis à l’honneur (sirènes de Pouchol, bustes féminins de Blin, Chambost, Jouve, Roulot …).

Coté zoomorphe, oiseaux, taureaux, ovidés, crustacés, poissons … (avec Blin, Chambost, Cloutier, Guillot, Ruelland, …) sont réintroduits dans l’habitat urbain au travers des objets du quotidien (art de la table, miroirs, lampes, sculptures …).


 Au-delà de sa modernité esthétique et joyeuse, l’art animalier des Trente Glorieuse traduit le besoin de liberté de la

société de l’après-guerre en pleine reconstruction et industrialisation. Parmi les tendances, citons aussi les formes dites ‘molles’ avec certaines coupes de Blin, Gatard, Guillot, Jolain, ou Jouve, qui rappellent tant la morphologie des organismes primitifs marins que celle des cellules sanguines.

A Paris, céramiste, potier, sculpteur explorent chacun à leur façon les volumes, les matières, le décor et les couleurs, en y apportant l’énergie inventive de leur touche personnelle qui signera une identité artistique. Reconnaissables par leur typologie, ces œuvres définissent le style caractéristique des années 50-60. Elles témoignent de l’esprit libre, élégant et artistique de ces céramistes parisiens de l'après-guerre.


Texte collectif de Christine Lavenu et Philippe Chambost, sur une idée de Gilles Garabuau


L'art est dans ma nature

Pol chambost
lea renard
Robert Picault
Terrasse du bar buvette dans le jardin
bar buvette hospice malrigou

Les artistes exposés