Anton Prinner, née Anna Prinner (1902-1983)
Compagnon de Tapis Vert
Artiste franco-hongrois du XXe siècle aux multiples talents, Anton Prinner est peintre, sculpteur, graveur et écrivain. Son œuvre éclectique marquée d’ésotérisme et de spiritualité, témoigne d'une liberté formelle constante, allant de la gravure, à la céramique et aux sculptures monumentales en bois.
De Budapest à Paris : la naissance d'Anton
Né sous le nom d'Anna Prinner, l'artiste commence ses études aux Beaux-Arts de Budapest au début des années 1920. En 1927, il quitte définitivement sa Hongrie natale pour s’installer à Paris. C'est à ce moment qu'il choisit de se masculiniser : Anna devient
Anton, adopte le costume masculin, le béret et la pipe.
Ce choix de vie intrigue ses contemporains. S'agissait-il d'une quête d'identité profonde ou d'une stratégie sociale pour s'imposer dans un monde de l'art alors très masculin ? Prinner répondait simplement que le mot « sculpteur » n’avait pas de féminin.
À Montparnasse, il intègre rapidement la bohème artistique et devient une figure respectée. Son ami
Pablo Picasso le surnommera affectueusement « Monsieur Madame ».
L'évolution artistique : de l'abstraction à la matière
À Paris, le style d’Anton Prinner évolue rapidement. En 1932, il débute par une période
constructiviste et abstraite. En 1937, il prend un tournant radical vers une figuration puissante. Il se lance dans la sculpture en taille directe, d'abord sur la pierre (avec l'œuvre «
La femme taureau » en granit), puis sur le bois (sa première sculpture en bois date de 1940, «
La femme à la natte »).
En parallèle, il pousse les portes de l’Atelier 17 (atelier de gravure) dirigé par Stanley William Hayter : c'est une révélation : Anton Prinner s'éprend des arts de l'estampe, s'y forme avec ferveur et invente même son propre procédé : la papyrogravure, une technique singulière qui lui permettra d'illustrer son chef-d'œuvre de papier, « Le Livre des Morts des anciens Égyptiens », en 1947(1948 selon les sources).
Anton Prinner est aussi auteur d’ouvrage dont « La femme tondue » en 1946.
Les années Vallauris (1950-1965) : l'amour du ciel et de la terre
L'année 1950 marque un tournant décisif. Contre l'avis de ses amis parisiens comme André Breton, Jacques Prévert ou Pierre Loeb, Anton Prinner décide de quitter la capitale pour s'installer à Vallauris.
Dans cette antique cité potière en pleine effervescence, portée par Roger Capron, Roger Picault, Jean Derval, Anton rejoint l’atelier du Tapis Vert, dirigé par Claire et René Batigne.
Libéré des espaces confinés de Paris, il s’exclame : « À Paris, la hauteur de mes statues était limitée à 2,25 mètres, ici j'ai le ciel pour plafond. »
C’est à Vallauris que son art s'épanouit pleinement. Au Tapis Vert, il s'initie à la poterie, créant des assiettes décorées (comme les assiettes de Tarot). Conçues comme des bas-reliefs circulaires, il y grave des motifs ésotériques, des figures mythologiques et des divinités protectrices.
Il joue habilement avec les contrastes de matières : des incisions nettes dans l’argile crue, des zones laissées mates en terre cuite brute qui dialoguent avec des émaux colorés et brillants posés au pinceau.
Anton Prinner aborde la faïence avec l'exigence d'un sculpteur.
Loin de se contenter de décorer des formes préexistantes, il pense la céramique en volumes et en textures. Il réalise un jeu d'échecs en céramique, véritable face-à-face plastique mettant en scène le combat du soleil contre la lune : chaque pièce de ce jeu est une micro-sculpture modelée à la main. Les deux armées célestes s’affrontent : les blancs laiteux et lunaires s’opposent à des nuances d'or, de bruns profonds et de jaunes solaires.
Sa sculpture devient monumentale avec des grands plâtres à vocation spirituelle comme « Le Mendiant » et « Vieillesse ». Il travaille aussi le bois, à l'image de « L'Homme », une œuvre anthropomorphe en bois de plus de quatre mètres de haut.
Les dernières années et la postérité
Après quinze ans passés dans le Sud, Anton Prinner retourne à Paris en 1964, où ses œuvres commencent enfin à être régulièrement exposées en galerie.
Son parcours artistique s'achève sur des créations spirituelles majeures, notamment pour l'église de Roquefort-les-Pins.
Il s'éteint en 1983, laissant derrière lui un héritage artistique radical, mystique et profondément original.
En 2026 (4 juillet – 28 septembre), le musée Magnelli de Vallauris a rendu hommage à la modernité artistique de son œuvre avec l’exposition « Anton PRINNER - Le ciel pour plafond »
Texte, photos © Christine Lavenu (publié le 20/10/2026)
Sources, pour voir et en savoir plus :
- Visites du musée Magnelli, 2024,2026
- Musée Magnelli, exposition 2026, 'Anton PRINNER - Le ciel pour plafond'
- Michel Faré, La céramique contemporaine - Compagnie des arts photomécaniques, Strasbourg, Paris 1953
- Staudenmeyer Pierre - La céramique française des années 50, Editions Norma, 2004.
- Jean-Claude Martin, Marques et signatures de la céramique d’art de la Côte d’Azur, Sudarènes, 2009
- Revue de la céramique et du verre, numéro 29, 205

