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Fabienne Claesen (1959)


Sculpteur-céramiste-peintre La Borne & Belgique

Entrer dans l'univers de Fabienne Claesen, c'est pénétrer dans un silence habité.


À la croisée de la nature et de l'humain, ses sculptures dressent une verticalité souveraine.


Lever les yeux et écouter la mémoire des matières.

Fabienne claesen

Le chemin vers la matière 

Née en 1959 à Louvain en Belgique, Fabienne Claesen exerce le métier d’architecte d’intérieur à partir de 1981. Après plus de dix ans dans ce domaine, elle ressent le besoin profond de ralentir et de retrouver un contact direct avec la matière. Elle se tourne alors vers la terre, une fascination qui remonte à son enfance et aux plaisirs simples du jardinage, les mains plongées dans le sol ou grattouillant l’écorce des arbres.

Pour apprivoiser ce nouveau langage, elle enchaîne les formations auprès de créateurs renommés :

  • 1994 - 1995 : elle s'initie au travail de la terre avec Patrick Picarelle, puis à la sculpture avec Véronique Choppinet.
  • 1996 : lors de la 5e rencontre internationale de céramique « Terres du Sud » à La Borne, elle suit le séminaire du maître coréen Yang Seung-Ho. Elle y puise un rapport profondément organique à l'argile et apprend à décloisonner les frontières entre poterie ancestrale, sculpture contemporaine et cuissons traditionnelles.
  • 1998 : à Bruxelles, elle intègre l'Académie des Beaux-Arts de Watermael-Boitsfort (atelier de Jacqueline Leyman), dont elle sort diplômée en céramique sculpturale. La même année, elle se forme à la terre vernissée avec David Miller et Alain Hurlet.
  • 1999 : elle complète son apprentissage de l'émail auprès du céramiste néerlandais Hein Severijns.
  • 2001 - 2007 : elle parachève son parcours par des sessions intensives de cuisson au bois, partagées entre La Borne et Bandol.


Depuis 2006, enrichissant sans cesse sa pratique, Fabienne associe également la peinture à ses sculptures céramiques créant des mises en scène où les disciplines dialoguent.


Une vie entre deux terres

Niché au cœur des forêts du Berry, le village bucolique de La Borne a séduit Fabienne dès sa première visite. Elle y découvre un sol sacré où la terre à grès est reine, et des fours qui célèbrent les noces secrètes du bois et de la flamme. Dans cette ruche créative, des potiers venus des quatre coins du monde partagent un esprit d'entraide et une convivialité vibrante, notamment lors de l'incandescence des Grands Feux, rompant ainsi la solitude de l'atelier.


« Je suis arrivée pour la première fois en novembre 1989, je venais de m'inscrire à l'académie de Watermael-Boisfort et le professeur Jacqueline Leyman nous a proposé de venir voir les potiers de La Borne. A l'époque, je suis tombée amoureuse en un éclair du travail de Jean Linard, d'Eric Astoul, d'Eva Eisenloffel, de Seungho Yang, de Hervé Rousseau et Jo Miquel, mais aussi du village plongé dans le brouillard. »

fabienne claesen ceramique

« François Maréchal nous a servi de guide, nous logions dans l'ancienne école de Neuvy, c'était formidable.


J'ai eu envie de faire découvrir cela à ma famille et chaque année nous revenions au camping d'Henrichemont (ou chez François) pour participer aux événements importants ou simplement revoir des amitiés qui naissaient.»  

fabienne claesen ceramique

L’installation à La Borne se concrétise en 2012 :

 « J'ai acheté une maison qui était abandonnée et à vendre depuis neuf ans, dans un état épouvantable, noire de fumée, avec un jardin transformé en une forêt de bambous, mais mon cœur battait pour elle. J'ignorais qu'elle avait appartenu à Elisabeth Joulia car elle ne faisait pas partie de l'association des potiers et son nom n'apparaissait nulle part.

Aujourd'hui, je fais partie du village, de l'association et je remercie le ciel tous les matins d'avoir pu m'installer dans ce vieil atelier de 1843. »

Fabienne claesen

Depuis, Fabienne navigue entre la France et la Belgique, transportant ses créations au gré de ses inspirations. Ses pièces prennent vie soit sous les caresses régulières de son four électrique à Bruxelles, soit dans la chaleur imprévisible du four à bois du Centre de la Céramique Contemporaine de La Borne ou dans celui d’un ami.


Le peuple vertical

A travers la sculpture de la terre, Fabienne Claesen donne vie à un peuple aérien et hybride, « mi-humain mi-arbre ». Têtes, bustes et personnages se dressent au garde-à vous, le regard fixé vers l’avant. Ils font corps au sein de cette tribu argileuse à la morphologie longiligne. Et tous partagent une obsession commune : s’élever toujours plus haut ! 

Tel un arbre privé de lumière au fond des bois, les corps s’allongent verticalement. Ils sont d’une minceur absolue, presque réduits à des lignes de force, se courbant parfois avec élégance et fluidité. Ces silhouettes filiformes se dépouillent de leurs bras, de leurs branches, inutiles pour cette ascension. Seule la sexualité, par la présence suggérée des seins, demeure préservée. 

Dans cet élan vertical, un long cou s’étire pour porter une tête oblongue en amande. Le nez très effilé accentue la finesse d’une bouche close, qui refuse de trahir par des mots la richesse d’une vie intérieure. Souvent clos et sans pupilles, les yeux font écho à la célèbre phrase du peintre Amedeo Modigliani : ‘Quand je connaîtrai ton âme, je peindrai tes yeux’. Ce regard presque aveugle invite à une profonde intimité psychologique : il n'y a ici aucune mélancolie, mais un mystère empreint d'une sérénité hiératique.

Dans le prolongement de ces visages silencieux, ces silhouettes entières semblent défier la gravité. Perchées sur des jambes immenses, elles reposent en équilibre sur un socle de pierre ou de bois. Des pieds géants, terminés par des doigts qui se déploient comme des racines, leur servent d’ancrage et figent les personnages dans l’instant présent.


La peau et la mémoire

Façonnée dans la porcelaine ou dans un grès souvent brut et noir, la peau brûlée par la cuisson rappelle l’écorce rugueuse des arbres. La matière texturée, voire tourmentée, se fait croûte terrestre. Gardiennes du passage du temps et du récit des vies passées, les sculptures portent dans leurs fissures et leurs crevasses la trace des épreuves de la vie. 

Pourtant, sous cette écorce de pierre, une tendresse teintée de tragique traverse le travail de l'artiste. Chaque sculpture est baptisée d’un prénom en hommage à un(e) ami(e) disparu(e), ou une référence à des héros et héroïnes issus du roman et de l'opéra. 

Parmi ce panthéon de célébrités, les destins s'entrecroisent, seuls ou en duo. On y reconnaît les amants de Shakespeare (Othello, Desdémone et Juliette), le souffle de Bizet (Carmen et Georges) ou la gouaille de Pagnol (Augustine et César).


De la Lisette de Marivaux à la courageuse Pélagie-la-Charrette, jusqu'au couple fusionnel Rik et Nel inspiré par Rik Wouters et son modèle, chaque prénom transforme la sculpture en un sanctuaire d'émotions. Autant d'identités qui insufflent une âme à ce peuple de terre.

fabienne claesen ceramique

À la frontière de l’existentialisme, les sculptures de Fabienne Claesen reflètent-elles le miroir de l’âme des personnages réels ou imaginaires ? Reflètent-elles leur condition humaine ?

En cherchant ainsi à atteindre la voûte céleste, ce peuple d'argile tente-t-il de s’affranchir de la dure existence terrestre ?  


L'oeuvre picturale : un dialogue de formes

L’œuvre picturale de Fabienne Claesen est entièrement centrée sur la représentation humaine, tissant ainsi des liens étroits avec son travail de sculptrice. C’est un dialogue « Face to Face » qui s’instaure entre la toile et le volume. Chacun fait écho à l’autre : le contraste du blanc sur le noir ou le brun, tout comme l'alliance de l'ocre et du bleu-gris, rappellent subtilement les rehauts de ses grès. Quant aux formes, elles s’opposent autant qu’elles se complètent, à la manière d’un couple d’amants, d’un couple « d’aimants ». 

Dans le «Peuple vertical », la terre phagocyte la silhouette, l’emprisonnant dans son ascension. Sur la toile de lin, à l'inverse, le pinceau apporte la fluidité qui manquait à l’argile : le geste se libère de la stricte verticalité et le mouvement devient souple et ondulant, permettant aux silhouettes sensuelles de vagabonder au rythme d’une danse collective. Par de fréquentes superpositions de corps, l'artiste insiste sur ce refus de l'immobilisme. Si son peuple de terre est figé, celui de lin est en mouvement. 

Fabienne claesen

Fabienne Claesen scinde sa peinture en trois univers complémentaires - l’abstrait, le semi-figuratif et le portrait, - suggérant à chaque fois des fragments corporels en miroir. Tandis que les compositions semi-figuratives floutent les têtes, le portrait opère un zoom intime sur le visage. Sa forme se fait alors moins oblongue, mais l’absence de pupille et la fermeture de la bouche restent fidèles à l’identité faciale du peuple de terre, renvoyant toujours à la même introspection pure et dénuée de mélancolie.


L'écriture de la main

« Les tableaux de céramique, lorsque je les façonne, c'est une écriture d'un jour où s'impriment mes pensées. Le carré représente le cachet quand la missive est terminée. Le résultat donne à penser à du tissage si le rythme est régulier (pensée tranquille) ou à la risée sur l'eau quand le rythme est sauvage, quelquefois à des portes de grenier dogon ». 

La main pour façonner, pour graver, pour écrire, pour tisser. Le geste physique et l’esprit ne font plus qu’un.

En écho aux origines de l’humanité, c'est le geste du premier homme qui se réveille : celui qui, à l'aube des temps, a modelé la terre, tissé le jonc et dessiné au creux des grottes.  

L'écriture devient matière, la terre devient mémoire, célébrant ce métier originel où le geste répété est proche du sacré. 


L'empreinte du geste prix et distinctions

Le travail de Fabienne Claesen s'impose rapidement sur la scène artistique. Elle participe à des événements majeurs comme les biennales de Bruxelles (1997, 1999) et d'Andenne (2000, 2002, 2004, 2006 où elle décroche le prix du public). Lauréate du Prix de la COCOF en 1997, sa notoriété l'amène en 2008 à être choisie par la Fondation PV pour sculpter les trophées officiels remis à des personnalités engagées comme Jeanne Devos et Simone Susskind.


Depuis le début des années 2000, ses œuvres voyagent régulièrement en Europe (France, Belgique, Autriche, Pays-Bas) et aux États-Unis.


Artiste permanente dans des lieux de prestige, elle expose à la célèbre Galerie Capazza depuis 2006, à la Galerie Claudine Legrand à Paris, ainsi que dans les galeries Sassi-Milici à Vallauris (jusqu'à sa fermeture en 2012-2013) et Marie-Ange Boucher en Belgique (jusqu'à sa fermeture en 2025).

Aujourd'hui, Fabienne Claesen est membre associée du Centre de la Céramique Contemporaine de La Borne, ancrant ainsi son talent au cœur de sa terre d'adoption.


Voir plus de pièces

Je remercie Fabienne Claesen pour les sympathiques entretiens et le partage des photographies.


Texte & photographies © Christine Lavenu  06/09/2026


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Sources, pour voir et en savoir plus :