Conformément à l’article L122-5 du Code de propriété intellectuelle, la personne qui reproduit, copie ou publie le contenu protégé doit citer l’auteur et sa source.
Yang Seungho (1955)
Céramiste coréen à Montigny & Taean
Artiste de renommée internationale, Yang Seung-Ho
renouvelle, par sa technique de terre craquelée, la tradition du grès tourné ou modelé cuit au bois en four Tongkama. Imprégnée d’idéologie orientale, son œuvre poétique est en symbiose avec la beauté de la Nature.
Le hasard d’une rencontre
Né en 1955, en Corée du Sud, à Taean, au bord de la mer Jaune, Yang Seung-Ho
est issu d’une modeste famille de pécheurs-paysans. Dès 1974, attiré par la terre, il s’initie à la poterie traditionnelle et à la cuisson au bois dans un atelier à Ichon. De 1974 (ou 1978 selon les sources) à 1980, il étudie l’art à l’université Dankook (Séoul).
En 1981, le jeune homme s’installe pendant deux ans au Royaume-Uni. La confrontation des cultures européenne et asiatique lui permet d’accéder à la sagesse philosophique de la poterie coréenne.
C’est par hasard qu’il découvre la technique de surface craquelée, en dépliant un morceau d’argile humide qu’il avait jeté dans la poussière de l’atelier et retrouvé plus tard : les fissures naturelles en surface lui sautent au visage de toute leur beauté de terre ‘vivante’.
Depuis, Yang Seung-Ho travaille, toujours et avec la même passion, la technique de fissures (Teuim)
: il tourne ou modèle la pièce de l’intérieur pour en révéler les fissures à l’extérieur.
Le feu, catalyseur de mystères
En 1983, Yang Seung-Ho se rend à la Borne.
Ici, il y a tout : la beauté des paysages vallonnés, le bois abondant des forêts, l’argile à ramasser, la culture d’une tradition ancestrale potière et d’anciens fours ! Il s’installe à Montigny,
à quelques kilomètres de la Borne, et construit deux fours à bois couchés dit Tonkgama
(four coréen datant de plus 1500 ans, à flamme directe).
(Ci-dessous photos du four couché de Montigny, festival Naori en aout 2024)
Pour le Coréen, la spontanéité du geste manuel et la lenteur de cuisson au bois sont de règle. Le mariage du feu et le terre est un rituel sacré dans le processus de création céramique.
En 1985, il construit à Emmental (Suisse) un nouveau four et un atelier, qui resteront actifs jusqu’en 2009.
Depuis les années 2000, l’homme navigue dans ses ateliers et fours, entre la Corée, la France et la Suisse (jusqu’en 2009).
L’été, il le passe à Montigny (de 3 à 6 mois), où il anime le Festival ‘Eco-Art-Naori’, réplique de celui qu’il a créé à Taean dans son pays natal.
Ce festival dédié à la cuisson Tongkama réunit des artistes et un public d’amateurs et de collectionneurs : C’est un festival catalyseur de partages, d’échanges autour du feu et de la terre, un lieu festif animé par une cérémonie du thé
et un diner aux saveurs coréennes incroyables !
Yang Seung-Ho compte plus de 250 expositions dans le monde. En 2024, le Centre Ceramique de la Borne rend hommage à l’homme et son travail pour ses 40 ans de présence dans le Berry (date anniversaire de sa première exposition à la Borne en 1984).
Les pièces de Yang Seung-Ho sont présentes dans les collections publiques des musées en Corée, France, Suisse, Allemagne, Pays-Bas, Pologne, Lituanie et Angleterre.
Terre de mémoire, âme de Dame Nature
Ecoutant la nature, Yang Seung-Ho privilégie la spontanéité du geste. Sans chercher à dompter la matière, bien au contraire, il accepte voire invite intuitivement l’imperfection, l’accidentel. Pas besoin d’engobe ni de glaçure artificielle, l’alchimie des cendres et de la cuisson au bois suffit à sublimer les grès bruts. En écho au monde minéral et végétal, ses céramiques portent en mémoire l’empreinte ‘sauvage’ (au sens ‘non dénaturée’) de Dame Nature, l’empreinte de l’esprit vagabond des forêts, de la danse des vagues sur d’anciens tourments telluriques.

Parmi les autres facettes du potier, celle du jardinier cultivant le thé sur ses terres en Corée et pratiquant l’art des
bonsaïs et l’art floral
Ikebana. En potier-jardinier, le Coréen modèle des pièces en terre en fonction de la personnalité de chaque arbre ou de chaque composition florale.
L’homme aime dialoguer avec le Temps qui passe : il a gravé par le feu la mémoire du végétal dans ses créations. Après avoir immergé des paniers de bambous en mer durant trois années, il a les recouverts d’argile.
Cuite, cette terre mêlée dévoile l’empreinte du panier disparu : il ne reste que l’âme de la trace de quelque chose qui n’est plus.
La terre Yang Seung-Ho est porteuse d’histoires, elle est porteuse de sens, elle est porteuse de la mémoire de l’humanité unie à la Nature.
Si le Coréen est fasciné par la valse des quatre éléments fondamentaux (la terre, le feu, l’eau et l’air), en intégrant subtilement un branchage dans la terre, il redonne au bois le rôle fondamental de cinquième élément, qui intervient dans le maintien de l’harmonie du cycle de la vie, et dans l’équilibre de l’esprit et du corps.
Enracinée dans la philosophie coréenne, l’œuvre contemplative de Yang Seung-Ho parle avec poésie de l’âme secrète de Dame Nature.
Je remercie Yang Seung-Ho pour la relecture et le partage des photographies.
Texte ©Christine Lavenu, publiée 23/01/2026
Photos © C.Lavenu
Conformément à l’article L122-5 du Code de propriété intellectuelle, la personne qui reproduit, copie ou publie le contenu protégé doit citer l’auteur et sa source.
Sources, pour voir et en savoir plus :
Visite de l'atelier de Yang Seungho, Montigny, août 2024, août 2025
Revue de la céramique et du verre n°17, 134, 256, 258
New Cceramics, The International Ceramics Magazine, 03-2025