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Marie David Géhin (1984)
Céramiste contemporaine à la Borne.
La Borne, terre de traditions, terre en héritage.
Nous sommes en 2026 après Jésus-Christ
: toute la Gaule
(récemment la France) est occupée par l’invasion d’objets ‘Made in China’ …
Toute ? Non !
Car un village boisé et peuplé d’irréductibles potiers résiste encore et toujours à l’envahisseur.
Son nom : La Borne … ! Un lieu célèbre pour son culte de la terre et la puissance de ses potiers !
Dans l’épopée des traditions potières et des aventures humaines de la Borne, avez-vous déjà franchi la porte de l’atelier de Marie David Gehin
?
Il y règne une harmonie qui transporte hors du temps.
Au sol, gisent de vieux pavés irréguliers et poussiéreux.
Aux murs, l’ocre des torchis se mêle aux briques cendrées.
Sur des étagères en bois, une procession de pots et de coupes rustiques.
Quelques rayons lumineux mettent en scène un ‘jeu’ ne sait quoi de solennel. Ici, le temps semble s’être arrêté.
L’heure est à la contemplation.
Vide depuis plus de soixante ans, avec son vieux four à bois endormi, l’atelier est pourtant imprégné par l’esprit des anciens occupants, des potiers alchimistes de notoriété : de l’art populaire à l’art religieux, Paul Beyer
y créa un fabuleux bestiaire et le couple Jean et Jacqueline Lerat, légende du grès moderne, y produisit une œuvre qui allume toujours des étincelles dans les yeux des collectionneurs.
Aujourd’hui, c’est à la jeune vosgienne Marie David Gehin de faire vibrer les murs d’antan avec ses familles de pots intemporels, appartenant à un autre âge.
La Borne, terre d’accueil.
Descendue du nord, telle une ‘Outlander’, quittant le récit et la caméra pour mettre les mains dans le grès, Marie David Gehin, en nouvelle héroïne de la terre bornoise, redonne vie au passé de l’atelier.
Comme elle, d’autres étrangères ont été attirées par ce haut lieu de la céramique et sont installées dans le village pour travailler la terre argileuse : venues du Nord,
Charlotte Poulsen,
Anne-Marie Kelecom,
Mia Jensen, du Soleil Levant Machiko Hagiwara et du Sud de la Méditerranée
Mélanie Minguès
...
Au grès du temps et du quotidien.
Hors des sentiers battus, Marie David Gehin apporte un regard neuf sur le grès utilitaire.
Elle travaille la céramique avec les éléments simples, ceux qu’elle a sous la main : l’eau, la terre, l’air et le feu. Des matériaux rustiques, les mêmes matériaux que ceux utilisés par les premiers hommes du post-néolithique qui ont façonné des récipients en terre. Des récipients pour cuire, transporter et conserver les aliments (vin, eau, huile, sel, graines …), pour honorer les anciens (urnes cinéraires).
Comme à l’époque gauloise, Marie pratique la technique du colombin. Face au monde du XXIe siècle qui exhorte d’immédiateté et d’industrialisation, elle prône la lenteur d’un savoir-faire ancestral.
En prenant appui sur la tradition potière et la céramique archéologique, elle revisite le contenant. Les formes sont subtilement simples et dépouillées, la lenteur de la cuisson au bois sublime la terre (four Anagama), qu’elle soit lisse ou rugueuse, brute, émaillée ou recouverte d’engobes.
De ses pots, jarres, vases et coupes se dégage une force mystérieuse, une sérénité poétique d’un autre âge. Une beauté rustre presque archaïque qui pourrait bien faire pâlir les prédateurs de l’art contemporain, souvent adeptes du non-fonctionnel.
En utilisant la matière de façon expressive (1) pour lui donner une condition existentielle, Marie confère à chaque pièce une dimension historique voire philosophique, reliant le passé et le présent. En célébrant le contenant, la jeune femme rappelle que la céramique utilitaire est présente dans toutes les cultures, dans toutes les civilisations. A l’image de ses pots intemporels, elle se positionne en représentante de l’ancien et du nouveau monde.
Une œuvre sensible et contemplative, capable de susciter l’émerveillement devant un simple pot !
Un pot, mais pas n’importe lequel !
Un pot 'pur' gaulois dans la forteresse de la Borne !
(1)- et non descriptive, Marie n’est pas une céramiste de peintre -
Le Trône de Terre, échec et mat !
« Dans les campagnes, il ne suffit plus de cultiver la terre, il faut aussi la protéger ! »
Avant de toucher à la céramique, Marie David Gehin a étudié l’anthropologie audiovisuelle en Belgique. C'est une des autres facettes de la céramiste qui a aussi réalisé un film documentaire.
A l’atelier, la jeune femme met en scène ses pots, ses jarres, ses vases et ses coupes en terre. Le positionnement des pièces témoigne de son attachement au récit et à l’image, au scénario et au jeu des acteurs.
Ici, le vocabulaire est avant tout visuel.
Marie groupe les pièces de même morphologie, de même chromatique en tribu de 3 à 6 individus.
Pas besoin de patronyme à particule pour appréhender le pouvoir symbolique de telle ou telle famille : des coupes-cavaliers, des vases aux tours médiévales, d’autres aux épaules conquérantes ou au ventre gonflé d’abondance …
Que de canons esthétiques dans la citadelle utopique de la jeune femme.
Y aurait-il dans l’œuvre naissante de Marie David Géhin une forme de romantisme médiéval ?
L’ambiance théâtrale du lieu évoque le coté invisible d’un monde féodal endormi, où s’affronteraient des familles pour conquérir le territoire le plus glorieux. Ces familles pourraient faire écho aux intrigues et aux luttes de pouvoir des maisons nobles de la saga de Games of Thrones. Sur un échiquier imaginaire, Marie place ses pions, ses tours, ses fous ... et au centre en position dominante, son favori puissant et majestueux.
Si les céramiques proviennent de la même terre, la forme et la couleur séparent leur ambition : sobriété - intempérance, humilité - orgueil, fragilité – robustesse, douceur-rugosité s’entremêlent à plein ‘pot’.
En quête du Graal.
Au temps du roi Arthur, si le Graal a existé, il se pourrait qu’il repose aujourd’hui, discrètement, sur une des étagères de Marie David Gehin !
Je remercie Marie David Géhin pour ses accueils sympathiques et le partage des photographies.
Texte ©Christine Lavenu, publiée 11/01/2026
Photos © C.Lavenu
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Sources, pour voir et en savoir plus :
Entretiens avec Marie David Géhin dans son atelier à la Borne août 2025
Revue de la céramique et du verre n°242