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Salvatore Parisi (1953)


Céramiste-sculpteur et peintre.
Pour Picasso, ‘l’œuvre qu’on fait est une façon de tenir son journal’. 

Cette citation colle bien à la peau de Salvatore Parisi. Son œuvre céramique ponctuée de fragments de terre témoigne des périodes de sa vie : elle est le miroir et la mémoire de ses rencontres, qu’elles furent humaines, culturelles, philosophiques ou minérales. 
Sur ce long chemin de vie, les mains dans la glaise pendant plus de quarante ans, les créations de Salvatore sont porteuses de sa propre vision de l’art, tissant des liens entre le passé et l’instant présent. Elles sont les gardiennes invisibles d’une harmonie liant en silence l’homme à la terre. 

Une école buissonnière à la rencontre des céramistes
D’origine sicilienne, né à Briey (Meurthe-et-Moselle) en 1953 d’un milieu ouvrier et paysan, après un CAP mécanique, Salvatore Parisi travaille l’usinage des métaux dans le bassin industriel lorrain durant deux ans. Curieux et en quête de liberté dans la mouvance de Mai 68, avec une guitare et un sac à dos, le jeune homme baroude en auto-stop à travers la France en passant par l’Italie et l’Allemagne. 
De retour au pays en 1973, il s’arrête à Vaison-la-Romaine pour s’initier à la poterie dans l’atelier ‘le Mas des Arts’ de Benoit Blanc (1949-2015). Salvatore y restera quatre ans et travaillera auprès du tourneur-façonnier Paul Badié (1945), lui même arrivé en 1974 dans l’atelier vaisonnais.
En 1977, nouveau départ pour un stage chez Alain Girel (1945-2001) dans le cadre du 1er Symposium de la Borne (célèbre rassemblement collectif autour des arts du feu). Cette même année, une bourse attribuée par la SEMA (Société d’Encouragement des Métiers d’Art) lui permet d’apprendre l’alchimie des émaux, le secret des cuissons et des glaçures chez Paul Badié à Tourrettes-sur-Loup. L’année suivante, Salvatore participe de nouveau au symposium de La Borne. 
(En 2017, Salvatore Parisi a été à l’initiative de la célébration des 40 ans de cet évènement international, qui a marqué toute une génération de céramistes, voir la vidéo en fin de page, dans 'Sources, pour voir et en savoir plus).
salvatore parisi
En 1980, à Tourrettes-sur-Loup, il reprend l’atelier de Paul Badié, parti s’installer à Seattle, WA. Il y reste jusqu’en 1995. 
Le besoin de rupture et de découverte de nouveaux univers le conduit en Inde pour une année puis en Asie. De retour dans un nouvel atelier céramique à Vence, Salvatore s’adonne à la peinture sous toutes ses formes (toile, dessin, gouache, collage …) dans un style proche des surréalistes. 
En 2002, retour à la terre, il installe à Nice un nouvel atelier-céramique et y restera jusqu’en 2019.
Depuis 2020, retour aux sources à la Borne, Salvatore Parisi a trouvé un nouveau à pied terre à Henrichemont, où son œuvre de céramiste et peintre est visible sur rendez-vous.

 Zoom sur l’œuvre céramique : 'un regard en-quête de sens !'   
Tantôt potier, sculpteur ou peintre, Salvatore Parisi explore, au fil des saisons, une thématique qu’il décline en petite série. Dans sa démarche artistique, s’il privilégie le tournage au modelage, il n’hésite pas à transposer différents matériaux (terre, bois, béton, pierre, métal …) mais il accorde une valeur particulière à la couleur et la luminosité des émaux pour sublimer les formes. 
Au cœur du travail du coloriste, la MATIERE ! Les effets résultent du geste et de l’épaisseur de l’émaillage. Si Hartung aimait agir sur la toile, Parisi aime agir sur la terre  : pétrie, tournée, déformée, scarifiée encore et encore ! Le résultat sur la faïence pourrait faire rougir les adeptes du grès qui cuisent à haute température. 
A l'écart de toute école de la Borne et d’une quelconque mode vallaurienne, l’œuvre de Salvatore Parisi n’est pas identifiable au premier coup d’œil. Bien au contraire, elle est diversifiée à l’image de sa vie de baroudeur. Témoin d’une rencontre artistique, culturelle, religieuse ou naturaliste, l’artiste a cherché à immortaliser l’instant ressenti. Par le dialogue avec la Terre, son regard inquisiteur a tissé des liens d’art entre le passé et le présent, allant de l’objet fonctionnel au conceptuel, passant de la figuration à l’abstraction.
A partir de 1980, les créations de Parisi s’éloignent de la référence utilitaire. La vue de son atelier sur les crêtes de l’Esterel apporte un regard minéral. Dans la nature, ses premières recherches qui s’inspiraient de l’organique (séries des ‘Graines’ et des ‘Gangues’), interrogent dans le minéral le mystère du mouvement terrestre et la puissance du chaos de la genèse. Ainsi, de l’esprit de la Terre émergent les séries ‘Eclosion’, ‘ Eruption’, … ‘Stèles’ (de 1982 à 1989), monolithes gravés de brèches géologiques, de fissures, de cassures.
Si les failles font référence aux portes et aux passages des temps géologiques, n’ouvriraient-elles pas une fenêtre sur l’âme humaine ? 

Face-to-Face - To be or not to be
Dans la série ‘Figuration – Défiguration’, crée en 2003, une vingtaine de têtes en terre cuite émaillées font face à l’artiste. 

Symbolisant la divinité Janus, la tête brifons (à deux visages) présente un visage tourné vers le passé (vieil homme barbu) et l’autre vers le futur (jeune homme). Au-delà de la dualité du regard qui pose la question du commencement, les têtes interrogatives de Parisi questionnent-elle sur la capacité de l’homme à choisir sa destinée ? 
salvatore parisi
À la vue de l’esthétique meurtrie (voire défigurée) des visages de Parisi, la réponse ne semble pas évidente. 
Peut-on changer son regard et remettre en cause ce que l’on voit ? Là pourrait être la question !   

Les causeuses & les bavardes  
Autre face-to-face  : celui-ci féminin, plus intime, celui de ‘La Confidence’, en hommage à Camille Claudel, forcée à l’internement psychiatrique par sa famille. (Série des années 2002)
Parisi accentue les courbes et les méandres du corps des femmes. 

A la fois sinueuses mais droites comme un cierge, la silhouette forte dans l’ossature des vertèbres n’évoque-t-elle un souffle de révolte ou un cri de résistance, plutôt qu’une confession ?
salvatore parisi
En confidentes, les demoiselles de Salvatore s’allient avec force, criant avec fierté leur existence.  

 Murmuration : Uccelli -Uccello
Oiseaux au chant enchanteur, symbole de liberté ou présage de changement. 

Messagères des dieux, ces créatures ailées seraient-elles capables de relier le monde spirituel à celui des humains ?  
salvatore parisi

L’anti-bol - ‘tu me fais tourner la tête !’ 
En clin d’œil au bol en bois massif exécuté en 1910 par Constantin Brancusi (1876-1957), Salvatore Parisi en 2005 en propose une relecture : il en fait un bol fermé polychrome, un contenant creux mais inutilisable, dépourvue de sa fonction utilitaire. 
salvatore parisi
salvatore parisi
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Dialogue sur le mystère de la vie et du cosmos, l’objet semble sacralisé.

Par un décor céleste de cratères percés en surface et d’ellipses sur le contour, les mouvements évoquent tout autant la gravitation des planètes autour du soleil  que  la course de l’électron autour du noyau atomique. 

Une autre réinterprétation du bol fermé : la série ‘Dégel’ en 2019. 

Il est à noter que les spirales, tel un fil d'Ariane, sont un élément  récurrent dans l'œuvre du tourneur céramiste. 
salvatore parisi
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Au fil du temps, la cloche  
« La cloche rythme depuis l'antiquité la vie quotidienne, tant profane (rassemblement, alerte, appel, guide, fête) que sacré (accompagnement et ponctuation des cérémonies) » dixit Parisi. 
Avec la Cloche, en 2014, Salvatore rend autant hommage à l’art antique chinois qu’aux forces géologiques. Symbole d’harmonie, il revisite la cloche en bronze 9 points de la dynastie Zhou ( XIe siècle av.JC) pour la transformer en vase cloche sonore en argile, la coiffant d’une crête montagneuse droite à l’image du Baou de Saint Jeannet (dont le sommet est visible depuis l’atelier de l’artiste).   
salvatore parisi

Baous et Rious, la persistance du temps  
Autre hommage à la culture asiatique avec la boite chinoise ‘Lian’ à émail vert d’époque Han (220 av.JC).
A l’origine, ce coffret au couvercle en forme de montagne et de chimères était destiné à recevoir des onguents. 

Dès 2005, Salvatore Parisi sacralise l’objet en le transformant en une urne cinéraire, en une urne-Baous en référence aux falaises escarpées à sommet plat de son arrière-pays cagnois (le Baou de Saint-Jeannet, le Baou des Noirs, le Baou des Blanc, le Baou de la Gaude, …). 
salvatore parisi
Des falaises si envoutantes de beauté qu’elles ont inspirées bien des artistes ! Pour Auguste Renoir, il n’y avait rien « de plus beau au monde que la vallée de la Cagne. » D’ailleurs, d'autres peintres ont représenté le Baou de façon surréaliste comme Marc Chagall ou fauviste comme Raoul Dufy
Salvatore Parisi détourne la fonction de la boite Lian, laissant la montagne minérale reprendre la position dominante. Il insiste sur la massivité des baous suggérant le pouvoir protecteur du rocher, sentinelle fragmentée et bienveillante des villages méditerranéens. 
A l’image de la nature géologique accidentée, ses baous portent l’empreinte creusée par les grottes et les cours d’eau (les rious). Parsemées d’ombres colorés, les failles et les déchirures fragmentent la matière. 
Les boites minérales de Salvatore sont un hymne aux forces telluriques de la terre. L’artiste en fait des Tours-Poèmes cachant dans la terre sculptée des mots de poésie (les textes sont écrits par Tita Reut, Raphaël Monticelli, Michel Bohbot et les dessins sont de Armand Scholtès).

Les Totems 
Le besoin de verticalité et d'élévation vers le ciel engendre la série des Vases bouteilles, des Totems et des Totems hybrides (2010) composés de terre et de bois. 
salvatore parisi

Rencontres et collaborations artistiques 
Homme de dialogue et d’échange, son atelier est ouvert aux artistes. Des créations sont nées d'inspirations et de rencontres avec les peintres qui se sont essayés à la céramique comme Arman, Blais, César, Courtright … Citons, en hommage à César, la création d’une vingtaine de vases compressions ‘César’ (1990) exposées à la galerie Beaubourg (Vence), et l’hommage à Miró avec les abstractions céramiques.
Pour les réalisations architecturales, Salvador Parisi a travaillé en collaboration avec divers artistes : citons en 1978, la mise en place d’un mural de 30 m² à Gardanne avec le peintre Henri Baviera (1934), un autre mural de 70 m² en lave émaillée avec le céramiste Hans Spinner pour une œuvre de Valério Adami (1935) (ateliers de la Fondation Maeght), ou encore une fresque en lave émaillée avec le sculpteur Alain Diracca (1946). Citons aussi en 2002 le travail à quatre mains avec Marc Piano (1964-2023) ( sculptures ’ Faune’ et ‘Reine’) et en 2014 celui avec Dominique Allain (1952) (sculptures d’oiseaux). 
salvatore parisi jean charles blais, 1990

Expositions, galeries, prix
Expositions personnelles : 
- 1979 ‘De l’organique au spirituel’ à la FIAP (Paris) 
- 1981 ‘Terre Vivante’ chez Roger Collet (1933-2008)(Vallauris)
- 1984 ‘Cassure’ au château de Tourrettes-sur-Loup
- 1985 ‘De terre, d’eau et de feu’ à la Malmaison (Cannes)
- 1990 ‘Fragments d’une mémoire‘ à la Galerie AO (Antibes)
- 1998 ‘Palimpsestes‘ à la Chapelle des Pénitents Blancs (Vence)
- 2006 ‘Parisi in Paris’ à la galerie XXI (Paris)
- 2009 ‘Baous et Rious’ à la galerie Le Hang'art J.Fromanger (Draguignan)
- 2011 ‘Chemins de Terres’ à la fondation André Sicard-Iperti (Vallauris)
- 2012 ‘Figurations, Défigurations’ à la galerie Quincampoix (Paris).   
salvatore parisi
En 1998, Salvatore Parisi a exposé au Musée d’Art Moderne Pusan en Corée du Sud. Cette même année, il organise une rétrospective ‘50 ans de céramique contemporaine’ à Tourrettes-sur-Loup, préfacée par Antoinette Hallé.

Son œuvre est présentée par de nombreuses galeries, citons la galerie Beaubourg de Marianne et Pierre Nahon (Vence), la galerie des Docks (Nice), la galerie Laure Matarasso (Nice), la galerie Paolo Lumbroso (St Ouen), la galerie XXI Michel Blachère (Paris), la galerie Gagliardi (Italie), la galerie Quadrige (Nice) la galerie Artisyou (Paris – St Tropez), la galerie Quincampoix (Paris) et la galerie Capazza (Nançay). 

En 1990, Salvatore Parisi est lauréat du prix Madoura à la XIIe biennale de Céramique d’art à Vallauris. Il participe aussi en 2002 à la XVIIIe Biennale Internationale de Céramique de Vallauris. 

Ses pièces ont rejoint les collections du musée Magnelli à Vallauris (1990) et du musée national de céramique de Sèvres (2005), dont deux sculptures intitulées ‘Rencontre’ et 'Froideurs’.
salvatore parisi

Je remercie Salvatore Parisi et Marie-Jeanne pour leur accueil sympathique et le partage des photographies.

Texte ©Christine Lavenu, publiée 09/12/2025
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Sources, pour voir et en savoir plus : 
Entretiens avec Salvatore Parisi été 2023, été 2024, été 2025.
Revue de la céramique et du verre n°113, 152, 185