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« À travers mon travail, j'ai souvent cherché à reconstruire en volume notre façon de regarder les choses. »
Annie Fourmanoir Gorius (1931-2024)
Céramiste d'art française
Riche de sa longue expérience de céramiste et de pédagogue, Annie Fourmanoir Gorius
a démontré que la terre qu’elle soit faïence, grès ou porcelaine, est toujours source d’une créativité intime et d’une charge émotionnelle.
Du contenant à la sculpture, elle a privilégié le dialogue de la matière avec la lumière, donnant ainsi à ses pièces une force sereine et bienveillante.

L’œuvre vigoureuse, généreuse et sincère est à l’image du sourire de cette grande Dame de la céramique française !
Des lettres à la terre.
Née le 25 janvier 1931 à Paris, Anne Fourmanoir Gorius
étudie les lettres germaniques à la Sorbonne. Après avoir obtenu sa licence en 1953, elle continue son cursus littéraire à la faculté de Heidelberg (Allemagne) pendant une année.
De retour en France, elle obtient en 1955 un certificat d’ethnologie science au musée de l’homme (Paris) et apprend le sanskrit à l’Institut d’études indiennes de la Sorbonne.
La jeune femme découvre fortuitement le monde de la terre. De 1956 à 1957, elle apprend le tournage et l’émaillage auprès du céramiste parisien Paul Chaumeil
(1902-1984).
Aux lettres, c’est l’expérience créatrice de la terre qui l’inspire. En 1960, elle installe son premier atelier à Paris, dans l’ancien lieu du peintre Jean Hélion
(1904-1987).
Faïence, grès, porcelaine et recherche sur les émaux de cendres.
Annie commence par travailler la faïence cuite dans un four électrique Lachenal. Préférant le tour à pied plutôt que le tour électrique (dont le rythme imposé est trop régulier), elle prend le temps de ressentir chaque geste. Au début, elle réalise des pièces utilitaires (vases, théières, pique-fleurs …) pour la galerie la Crémaillère
et des petits magasins de quartiers.
En 1961, elle rencontre Frère Daniel de Montmollin, avec qui elle partage l’intérêt de l’étude des émaux à la cendre, ce qui lui permettra de poursuivre ses propres expérimentations sur les principes des cendres et de fabriquer ses propres glaçures.
En 1966, son travail est primé de la médaille d’argent au premier concours national de la céramique d’art de Vallauris et en 1968 du diplôme d’honneur. Mais pour Annie, la fin des années 60 apporte un nouveau regard sur l’art céramique : ‘l’invasion de la production industrielle des pays orientaux nous obligent à une production parfaite de moindre cout, et cela tue la production culinaire, c’est le début de la production artistique pour tout le monde. Dès mes débuts, je voulais faire du grès …’.
Remarque : les produits venus d’Asie à faible coût ont envahi le marché au début des années 80 (deuxième choc pétrolier). Fin des années 60, les productions ‘céramique’ industrielles et artisanales d’Italie et d’Allemagne sont présentes en France sur les nouveaux salons internationaux ; la suppression des droits de douane entre les membres du CEE en 1968 impacte le marché français. A cela, s’est ajouté l’engouement pour les objets en plastique et en grès. Cette tendance du grès venue des pays nordiques date du début des années 60 : en France, deux grandes expositions, ‘Maitres potiers contemporains’ au musée des Arts Décoratifs de Paris en 1962, et ‘Grès contemporain en France’ au musée national de la céramique de Sèvres en 1963 célèbrent la terre brute. Avec Mai 68, c’est le retour à la terre : tout le monde veut du grès !
C’est à cette période qu’Annie commence à travailler le grès. Pour cela, en 1970, elle installe dans son nouvel atelier (situé au 37 boulevard St-Jacques Paris 14e), un four Dupeux pour cuire au gaz. Ce qui lui permettra aussi de s’intéresser à la porcelaine.
De l’utilitaire à la sculpture, que les pièces soient tournées ou modelées, Annie a varié les formes, privilégiant la ligne, le volume dans l’espace et la lumière.
A propos du modelage, Daniel de Montmollin
évoquait la pseudo-présence du tour dans les mains d’Annie : ‘un travail relevant du modelage, si tant est que ce mot soit acceptable ici, un modelage situé lui-même dans la foulée de la giration du tour.’
En 1991, Frère Daniel s’exprime sur l’originalité de son œuvre : ‘ De même qu’il est plus laborieux de décrire le tournage que de tourner un pot, de même qu’il est malaisé de définir la démarche d’une céramiste comme Annie Gorius-Fourmanoir. Depuis bien des années, cette potière suit avec une libre et joyeuse ténacité un chemin qui lui est propre.’
De nombreuses expositions en France et à l’étranger
Parmi les expositions muséales, citons entre autres : musée de Sèvres (1963 et 2005), musée Macon (1972), … musée des Arts Décoratifs Paris (1980 (Métiers d’Art), 1981 (Sources et Courants), 1991 (Collection Fina Gomez)), musée des Arts Décoratifs de Cologne (1981), musée de Montbéliard (1988), Centre de la céramique contemporaine de La Borne (C14- 2022) …
Citons quelques expositions personnelles : 1965 en Suède au musée de Göteborg, en France Paris : 1962 à la Galerie des Jeunes, 1972 à la galerie Bos, 1975 à la galerie Samson, 1980 à la galerie du Grès, 1986 Le Lavoir, 1988 à la galerie Epona, 2001 galerie Egg (Londres), 2011 à la galerie XXI, 2013-14 à la galerie Rebours …. et plus récemment en 2021 à la galerie Lumbroso.
Les pièces d’Annie Fourmanoir Gorius sont entrées dans les collections du musée de Sèvres (France) et du musée Rösska (Suède).
Le gout du partage et de la transmission
Maitresse de l’art de la terre et de l’art du feu, Annie Fourmanoir a su partager et transmettre cette passion céramique dans son atelier parisien.
Depuis 1970, elle a proposé des stages de tournage, de fabrication d’émaux, de matière grès, porcelaine, de cuisson dans son atelier parisien. Elle a transmis à ses élèves sa passion du métier et de l’art de la terre.
Parmi les centaines de stagiaires, certain(e)s sont des céramistes-potiers reconnu(e)s, comme Geneviève Baptendier
et Laurence Molinard, Tetsuko Berque, Geneviève Breusse, Patrick Maunoury, Gabriela Egger, Muguette Rivillon, Patricia Vieljeux ... Quinette Meister, à qui elle a montré ‘un sentier dont l’issue tient à la personnalité de celui qui l’emprunte’.
Paru en 1979, Annie Fourmanoir a publié l’ouvrage ‘Comme l’argile’
aux éditions Dessain et Tolra.
Au-delà de l’aspect technique, elle met en avant le rapport privilégié avec la matière : ‘celui qui imprime ses mains dans l’argile découvre en même temps que le modelage, son corps et son être propre.’
Citons aussi la publication en 2013, 'Poétiques d’Argiles', aux éditions de la Céramique et du Verre.

Une voie poétique et minérale, une œuvre foisonnante
En dehors de tout style en vogue, Annie Fourmanoir a diversifié les matières et les formes en petites séries, en passant de bols en porcelaine si délicats aux grès (bruts ou émaillés) de grandes dimensions : courant 80, elle fut une des pionnières en France à utiliser le tournage en Double Paroi, créant des coupes à double paroi tournée à l’envers ou à l’endroit. S’ensuivent dans les années 90 les Emboitages, dans les années 2000-2010, les Warriors, les Rocs, les Boules, puis les années 2010-2020, les Sirènes, les Figures
(prix du jury Céramique 14 en 2017), les Tables
et les Mains.
L’œuvre foisonnante est imprégnée des mystères.
Les ‘Warriors’ aux carrures anthropomorphes ont des torses gonflés de vie, des épaules larges d’une arrogance soyeuse. Ils font échos aux ‘Rocs’ érodés par la caresse du temps et aux ‘Figures’ hiératiques.
Ici, puissance et fragilité ne s’opposent pas mais se complètent.
Silhouettes sinueuses et élancées, bouches ouvertes, les Sirènes d’Annie semblent sortir des profondeurs d’une terre brûlée.
Dénuées de tous appendices superflus, ces ‘Bavardes’ au long cou chuchoteraient-elles à l’oreille des cieux un précieux secret ?
Causeuses bienveillantes, boites de Pandore, veilleurs d’âme, mémoire de glorieux guerriers, … l’œuvre sculptée d’Annie Fourmanoir serait-elle un gage d’espérance, un rempart face notre monde tourmenté de violence et de guerres ?
« À travers mon travail, j'ai souvent cherché à reconstruire en volume notre façon de regarder les choses. »
Rétrospective de l'œuvre du 9 au 16 avril 2026, dans l’atelier de l’artiste 37 Bld Saint Jacques Paris 14.
Je remercie
Marie-Anne Boursier pour la relecture et partage des photographies.
Texte ©Christine Lavenu, publiée 17/03/2026
Photos © Marie-Anne-Boursier C.Lavenu
Conformément à l’article L122-5 du Code de propriété intellectuelle, la personne qui reproduit, copie ou publie le contenu protégé doit citer l’auteur et sa source.
Sources, pour voir et en savoir plus :
Entretiens avec Marie Anne Boursier
Revue de la céramique et du verre, numéros 136, 15, 22, 23, 27,28,34, 36, 38, 40,41, 56 , 67,71, 72, 105, 106, 113, 128, 136, 148, 157, 165, 169, 172, 180, 181, 187, 188, 190, 198, 200, 202


