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 Hans COPER (1920–1981)


L'architecte du silence

Hans Coper est un céramiste britannique majeur du XXe siècle, célèbre pour ses œuvres sculpturales et épurées issues de son partenariat avec Lucie Rie.


Une jeunesse malmenée (1920 – 1946) 

Hans Coper naît le 8 avril 1920 à Chemnitz, en Allemagne, dans une famille aisée. Son père, petit industriel, dirige une filature. Son père est juif, sa mère ne l’est pas. Face à la montée du nazisme, son père se suicide en 1936 pensant protéger sa famille des persécutions antisémites mais en vain. Hans commence une formation d’ingénieur mais finit par fuir l’Allemagne en 1939 vers l’Angleterre. Malgré de nombreux collectionneurs allemands, certains devenus des amis, il ne remettra plus jamais les pieds en Allemagne.


Dès son arrivée, il est interné comme "ennemi étranger" pendant la Seconde Guerre mondiale puis déporté au Canada. Pour échapper à la vie très difficile du camp d’internement, il s’enrôle dans le Pioneers Corps pour construire des baraquements et creuser des tranchées en Grande-Bretagne. Malade, il est réformé et finit par trouver un travail d’ouvrier dans une usine de moteur électrique.

C’est dans ces conditions plus que précaires qu’il développe un intérêt pour l’art, s’essaie au dessin et est attiré par la sculpture.

La paix revenue, il ne supporte plus le travail en usine et veut devenir sculpteur. Mais, chef de famille, il doit gagner sa vie au plus vite. Il est alors envoyé via des associations d’aide aux réfugiés chez Lucie Rie (1902–1995). Céramiste autrichienne reconnue, exilée elle aussi, Lucie RIE cherche des aides pour l’aider dans son gagne-pain, la production de boutons en céramique pour la haute couture. 


Une rencontre décisive (1946 – 1959) 

Le destin de Hans Coper bascule alors. Souhaitant s’initier au tournage, il est envoyé par Lucie Rie chez Heber Matthews (1907-1959), ancien élève de William Staite Murray (1881-1962). 

On notera que Staite Murray est un des céramistes anglais les plus renommés avant-guerre, et il est connu pour son opposition à Bernard Leach père du mouvement des Studio Potters. Leach prône un retour aux valeurs de l’artisanat local pour produire de beaux objets du quotidien, dans l’anonymat. Staite Murray affirme au contraire que la poterie est un art entre peinture et sculpture, et que le potier est un artiste devant produire des œuvres d’art originales. Nul doute que Matthews ait évoqué les idées de son maître, et ainsi conforter Coper dans l’idée qu’un potier pouvait aussi être un sculpteur.

Hans Coper revient après quelques jours d’enseignement : il savait tourner ! 


Lucie Rie comprend alors le potentiel de ce jeune homme. Se développe une relation à la fois professionnelle, artistique et amicale qui durera toutes leurs vies. Rie n’a jamais considéré Coper comme un élève ou un stagiaire mais comme un partenaire qui porte un jugement avisé sur son propre travail. Elle lui a ouvert son carnet de relation, en particulier Henri Rothschild, galeriste et grand amateur de céramique, qui œuvrera à la reconnaissance de Coper. 

Hans Coper entame alors une vie studieuse dans l’atelier de Rie à Albion Mews (Londres). Il fabrique des boutons puis tourne des objets utilitaires pour Lucie Rie le matin, il tourne ses pots l’après-midi et il dessine le soir. 

hans coper

Leurs styles diffèrent : Rie privilégiera toujours des pièces fonctionnelles aux émaux subtils et très travaillés, tandis que Coper explorera des formes de plus en plus radicales sans émaillage.

Cependant ils collaborent dès la fin des années 40 pour produire des collections d’objets utilitaires, des services à thé et à café, des bols, des huiliers, aux parois fines et anguleuses typiques, généralement émaillés en brun foncé ou en blanc. 

Une grande exposition « Design Anglais » est organisée en 1951 par le gouvernement pour soutenir le développement des arts décoratifs et promouvoir les artisans britanniques : les pièces présentées par le duo Coper / Rie y reçoivent un bon accueil et dès lors les commandes affluent.

Hans Coper

En parallèle, Coper cherche sa propre voie. Sa recherche s’inspire d’influences en dehors de la céramique : les arts anciens (Mycènes, Cyclade, masques africains) et les artistes modernes (Brancusi, Moore, Picasso …).

Il expose et obtient des récompenses, par exemple à la triennale de Milan en 1953.

Il partage certainement avec Rie l’aversion de Bernard Leach pour le manque d’âme des productions industrielles, mais sur le plan de l’esthétique il ne se laissera jamais influencé par le retour prôné par Leach à un artisanat rustique. 

Hans Coper

Un géant de la céramique mondiale 

Progressivement, Hans Coper prend son envol : en 1959 il s’installe dans son propre atelier dans une résidence d’artiste à Digswell et y développe pleinement son style. L’année précédente, il avait obtenu sa toute première exposition en solo à la galerie Primavera (fondée en 1945) de Henry Rothschild à Londres. 

Malgré une santé précaire et des périodes de dépression, Hans Coper cherche et travaille beaucoup. Il déteste les mondanités et voyage peu : il se rend en France pour rencontrer son idole Brancusi début 1954 mais celui-ci, malade, ne peut le recevoir (il décèdera peu après). Ce voyage lui permet de se lier d’amitié avec Francine Del Pierre, amitié qui durera jusqu’au décès de la céramiste française. 

A Digswell, Coper gagne sa vie en travaillant sur des projets liés à l’architecture : projets de tuiles acoustiques, maquettes de sanitaires (lavabo)… Le plus célèbre de ces projets est celui des candélabres imposants (plus de 2 m de hauteur !) de la cathédrale anglicane de Coventry. 


Le travail de Coper repose sur quelques principes. Il utilise d’abord le tour de potier pour produire des formes simples (cylindres, disques, coupes, bases évasées), qu’il assemble ensuite pour créer des sculptures abstraites qu'il nomme « Spade », « Arrow », « Egg », « Poppy Head », ou « Flower ».


Hans Coper travaille souvent en série, pour mettre en valeur les variations possibles d’une même forme. 

Hans Coper
hans coper

Pour produire de grandes formes, il a recours à la technique du colombin tourné : sur une forme qu’il a laissé sécher, il pose un colombin épais qu’il tourne ensuite, et il répète l’opération pour atteindre la hauteur désirée.

De même, les grands disques qui couronnent certaines pièces utilisent cette technique. 

Hans Coper

Ci-contre une « spade » (bêche), assemblage de plusieurs parties tournées et déformées.


Cette forme est intéressante par le contraste entre ses profils :

  • De face, elle apparaît comme un objet plat, presque graphique, évoquant un visage ou une silhouette anthropomorphe.
  • De profil, la forme révèle son épaisseur, son volume et sa capacité à contenir du vide.


Coper ne cherche pas à effacer la fonction du contenant, car il a besoin du vide : l'intérieur devient un « silence » enfermé dans son enveloppe d’argile. 

Hans Coper

La bouteille ci-contre a été assemblée à partir de 4 formes tournées : les deux parties du corps, le col et la lèvre plate.


L’assemblage pour Hans Coper lui permet d’éviter toute difficulté technique : Son approche ne recherche pas la virtuosité technique pure, il recherche plutôt l’essence d'une forme en la dépouillant de tout détail superflu.

Hans Coper n’utilise quasiment pas d’émaillage, sauf des couvertes pour l’intérieur de certains pots. Il préfère l’utilisation d’engobes ou de jus d’oxydes au manganèse, avec des incises de sgraffite, pour animer des décors austères mais jamais ennuyeux, qui évoquent le passage du temps. 

Hans Coper

Il affectionne aussi le contraste entre des parties sombres et des parties claires, jouant sur ce contraste pour surprendre l’œil du spectateur. Pour cela il alterne couches de jus d’oxyde et couches d’engobe blanc, qu’il frotte ou gratte pour faire émerger la texture attendue. Cette approche lui permet aussi de conserver la technique de mono cuisson utilisée par Lucie Rie. Il cuit à cône 8 en four électrique. Il accorde une grande attention à la finition postcuisson, en polissant soigneusement tout ou partie de ses pièces.


Les pièces ainsi produites impressionnent par leur grande technicité et par leur présence imposante, quel que soit leur taille. Et il est très important de remarquer qu’il prend toujours soin d’avoir des ouvertures : ses pièces restent des pots, même si leurs formes sont totalement originales. 

En décrivant un petit pot égyptien qu’on lui a offert, Hans Coper décrit bien ses propres œuvres :


« Un pot égyptien prédynastique, de forme ovoïde, de la taille de ma main ; façonné il y a des milliers d'années, peut-être par un esclave, il a survécu à plus d'un titre. Un objet humble, passif, presque absurde… et pourtant puissant, mystérieux, sensuel. Il ne transmet aucun commentaire, aucune expression de soi, mais semble contenir et refléter son créateur et le monde humain qu'il habite, y apportant sa minuscule quantité d'énergie… et d'hommage. Un objet d'une économie de moyens absolue, créé par l'homme ».


Cette citation met en évidence l’objectif de Coper : produire non pas des sculptures bavardes, mais des objets silencieux qui par leur seule présence dynamisent le monde qui les entoure.


La reconnaissance publique de son œuvre est marquée en 1969 par sa première grande exposition majeure au Victoria and Albert Museum (V&A) de Londres. Organisé conjointement avec le tisserand moderniste Peter Collingwood, cet événement historique a marqué la reconnaissance de la céramique d'art au rang des beaux-arts au Royaume-Uni. Toutes les pièces de Coper exposées pour l'occasion provenaient directement de sa production intensive menée l'année précédente dans son nouvel atelier de Frome.

hans coper

A la fin des années 60, il évolue vers des formes très élancées inspirées de l’art des Cyclades. Après la recherche d’une certaine pesanteur, il recherche ici la légèreté. 

Hans Coper

Sa santé se détériore vers 1975 où on lui diagnostique la maladie de Charcot, qui le prive peu à peu de ses capacités de tourneur / sculpteur. En 1979 il ne peut plus travailler et il demande que des rideaux occultent ses œuvres sur les étagères de son atelier où il s’installe définitivement. Une pneumonie l’emporte en juin 1981. 

« I am a potter, Hans was an artist » (Lucie Rie) 

hans coper

En explorant sans répit la frontière entre sculpture et pot, Hans Coper a su transformer le « pot » utilitaire en une œuvre d'art abstraite, dotée d’une présence monumentale et intemporelle. 


Son héritage perdure à travers les collections des plus grands musées mondiaux, du Victoria and Albert Museum de Londres au Metropolitan Museum of Art de New York. Il entre aussi dans des collections privées comme celle de William Ismay (1910 - 2001), que le collectionneur donnera au York Museum.


Ses œuvres atteignent des records lors des ventes aux enchères, confirmant sa place dans l'histoire de l'art moderne. 


Carrière académique : l’influence d’un professeur 

À partir des années 1960, Hans Coper enseigne la céramique dans plusieurs institutions britanniques, marquant durablement une génération d’artistes :

  • La Camberwell School of Arts and Crafts (Londres, 1960–1969) : il y forme des étudiants comme Ewen Henderson et Gillian Lowndes.
  • Le Royal College of Art (Londres, 1969–1975) : il y dirige le département de céramique, influençant des artistes comme Elizabeth Fritsch et Alison Britton.

Son enseignement lui attire la reconnaissance de ses élèves, qui louent la liberté d’expérimenter qu’il prône. Ils soulignent en revanche sa grande exigence, bienveillante mais sans concession aux effets de mode.

Son influence fut durable : elle contribua à faire évoluer la Studio Pottery britannique vers une plus grande liberté formelle et à rapprocher la céramique du champ de l'art contemporain. 

Texte © Pascal Grosjean, publié le 29/09/2026

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Sources, pour voir et en savoir plus : 


Sites Web o The Lucie RIE & Hans COPER foundation

Livres & articles : 

  • Hans Coper, Tony BIRKS (version française en 2005, éditions de la RCV) – Monographie de référence. 
  • Hans COPER / revue de la céramique et du verre n°18 / septembre-octobre 1984 

Vidéos : 

  • The ceramics of Hans COPER / Ashmolean museum (11’, disponible en ligne). 
  • Hans COPER : modern artefacts / Philipps Auction (2’, disponible en ligne)