Mathilde Sauce (1993)
Sculpteur-céramiste à Limoges (87)
Lauréate du prix de la jeune création métiers d’art 2026.
A la frontière du surréalisme biomorphique, l’œuvre organique de la jeune Mathilde Sauce est un délicieux mille-feuille d’illusions, d’ambivalences et de clins d’œil aux mythes.
Naissance d'une vocation
Née en 1993, Mathilde Sauce étudie les arts plastiques (option céramique) à l’École nationale Supérieure d’Art et de Design de Limoges. Diplômée en 2017, elle se forme en complément à La Maison de la Céramique de Dieulefit en 2019. A partir de cette date, elle expose son travail.
Dans son atelier du lieu dit Le Bas Caillaud à Isle (près de Limoges), elle sculpte le grès émaillé.
L’œuvre fascinante et intrigante se situe à la frontière d’un surréalisme d’illusion, où l’organique fleurte avec le charnel. Au-delà des métaphores et symboles de ses avatars, l'artiste mêle une réflexion sociale voire introspective face aux croyances acquises.
Lauréate du Prix de la jeune création métiers d’art 2026, son travail a déjà été exposé, entre autres, au Centre Céramique Contemporaine de La Borne (Cœur de Pierre, 2025), au Centre Céramique contemporain de Giroussens (L’habitat des Merveilles, 2025), à la Galerie Terra Viva (Terres incarnées, 2024), au Musée du four de Casseaux (Femme de Feu, 2023), au MO.CO (Contre-Nature,2022), au château d’Art de Bourges (Habiter,2021) et au musée de Carouges.
Les Mythes fondateurs, reflets de l’âme
Mathilde Sauce utilise le grès comme médium plastique et expressif pour dialoguer et donner corps à la terre. Fascinée par la fusion de l’imaginaire et du réel, elle nous régale de théories sur la transformation du corps vivant en sculptant sa propre fable gourmande.
A la croisée des mystères de la vie, nous voici plonger dans une jungle primitive d’abondance et d’exubérance, bercée de métaphores et de symboles corporels !
Si les planches naturalistes du XIXe siècle de
Ernst Haeckel l’ont marqué, l’artiste s’est affranchie de la symétrie des organismes si chère au biologiste, pour se concentrer sur l’excentricité d’une nature rêvée, douce, sensuelle et sauvage à la fois, et même violente, mais toujours en mouvement comme en quête de sens !
Cette vision moderne prend racine dans les souvenirs de son enfance passée au bord de l’océan, dans la danse qu’elle a pratiqué longtemps avant de toucher la céramique et dans l’étrange univers cinématographique de David Cronenberg et Alejandro Jodorowsky.
Etrange ballet que celui des créatures déhanchées, frétillantes sur un sol statique. Dans ce lieu fantastique proche du sacré, l’abondance de vie fait écho au charnel.
En-quête de source
Au cœur d’une Dame Nature des eaux, les fontaines organiques de Mathilde ruissellent d’élixir et de sève. Dans cette ivresse de créativité, le monde semble en gestation.
La série
‘Berceaux‘
évoque autant la source de fertilité que les larmes des écumes de flots qui pourraient être à l’origine de la naissance d’une
'Vénus', symbole de l’amour charnel et de la fécondité.
Illustrant les mythes antiques, les Vénus
imaginaires et abstraites de Mathilde répondent au nom évocateur de
'Nouvelle Eve’
et de
‘Narcisse’. Au jardin des illusions, la beauté physique du corps serait-elle le reflet de l’âme, comme au temps de la Renaissance ?
Avec la série
‘Gratiae’, l’artiste réinterprète la vision des
trois Grâces, déesses du charme, de la beauté et de la créativité, qui ont inspirées bien des peintres et des sculpteurs depuis l’Antiquité.
Tel un talisman protecteur, le diadème de cornus couronnant le corps de la Belle suggère aussi bien le pouvoir que la renaissance. Métaphores culturelles et spirituelles, les spirales des coquillages rappellent de nouveau le cycle de la vie.
Quant au ‘Phoenix’, qui renait de ses cendres, il est une résurrection surgie d’une lumière intérieure propre à l’artiste.
Que dire des ‘Succulentes’ et des ‘Enluminées’ ?
Fontaines de jouvence et nectars de désir, seraient-elles aussi une autre version de la régénération ?
Berceau de tendresse et d’appétence, l’œuvre liquéfiante pourrait-elle attiser un esprit malin en quête de soif et de convoitise ?
Car si l’idée que l’homme et la nature sont nés de l’union de l’esprit et de la matière, dans ce jardin paradisiaque à l’arum de pétales, le pistil à l’attribut charnel évoquerai-til sous sa couverture les dangers d'un serpent charmeur ?
Les boules.
Avec la série 'les Boules', Mathilde, en maitresse de l’illusion, sculpte des mondes fantastiques, autour du sujet ‘La vie dans tous ses états de transformation’.
Telle une pelote de laine d'ADN, ses 'boules de velours' sont des cocons, des nids ombilicaux en gestation.
Aux frontières du réel
Dans une nature exubérante au jeu de chasse et de dérives corporelles, Mathilde aime à expérimenter le corps, un corps originel en transformation, en gestation, un corps assoiffé de sources et de sens !
Une œuvre fascinante, étrange voire hypnotique, qui n’a pas poussé son dernier cri de jouvence !
Je remercie Mathilde Sauce pour les sympathiques entretiens et pour le partage des photographies.
Texte © Christine Lavenu 02/07/2026
Photographies © C.Lavenu & M.Sauce
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Sources, pour voir et en savoir plus :
- Entretien avec Mathilde Sauce Juin 2025 au jardin de Malrigou de Philippe Chambost
- Contacter Mathilde Sauce sur Instagram
- Site internet Mathide Sauce
- Centre de la céramique de la Borne
- Centre de la céramique contemporaine Giroussens
- Musée de Carouge, Festage, 2022
- Céramique et du verre n°241 novembre/décembre



