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Didier Potelune (1957)
Jacques Migeon (1931-2023)
Alexandre Foucher (1894-1970)
Louis Foucher Giraud (1864- )


Didier Potelune est le seul potier natif de la Borne à pratiquer le grès dans le même atelier familial depuis trois générations.

De gauche à droite, Louis Foucher, Alexandre Foucher, Jacques Migeon, Didier Potelune (photos archive famille Migeon - Potelune)
didier potelune jacques migeon alexandre foucher

Un destin enraciné dans le terroir bornois
Né en 1957, Didier Potelune est originaire du village de La Borne (Henrichemont), tout comme son père  (employé aux Eaux et Forêts) et son grand-père (sabotier). L’enfant grandit au cœur des légendes et des histoires de poterie du bourg artisanal, les mains jouant avec la terre comme de nombreux enfants du pays.  

Après des études en biochimie, Didier est appelé à faire le service national. De retour en 1977, alors que les jeunes quittent les campagnes pour la ville, lui préfère retrouver l’esprit collectif et convivial bornois. Et puis, il y a au village, la jeune fille aux yeux doux, Christine …, celle qui deviendra plus tard son épouse. 

Christine est la fille de Jacques Migeon, un artisan potier.

Une histoire familiale au cœur de la poterie
Originaire d'Humbligny, Jacques Migeon (1931-2023) perd son père très tôt. Fils de cultivateur il reste donc travailler à la ferme avec sa mère. Suite au remariage de sa mère avec potier Alexandre Foucher (1894-1970), fils lui-même du potier Louis Foucher Giraud (1864-xxxx), il découvre la poterie dans les années 1954 et commence un apprentissage avec son beau-père.
Dans un registre d’imposition d’Henrichemont, en 1755, le nom Foucher apparait parmi les 17 chefs de famille exerçant le métier de potier sur les 65 chefs de famille peuplant la Borne. 
Les patronymes Talbot, Foucher, Girault, Chollet étaient très répandues à la Borne. 

Pour distinguer les familles entre elles et surtout la production de nombreux artisans potiers, la tradition voulait qu’au nom de famille de l’homme soit associée celui de la jeune fille épousée : ainsi Louis Foucher Giraud avait-t-il pris pour épouse une certaine mademoiselle Giraud.
la borne henrichemont
L’atelier et le four à bois des Foucher sont situés au Grand Chemin, à la Borne d’en haut. 

En 1935, Alexandre Foucher a construit un atelier, accolé à celui de son père Louis. Le four à bois familial d’une contenance de 34 m3, pouvait recevoir jusqu’à 4000 pièces à cuire : au-delà la production, l’enfournement, la cuisson et le refroidissement nécessitaient une quarantaine de jours, aussi seules 3 cuissons annuelles étaient faites. 

De 1914 à fin 1938 (date de fin de circulation de la ligne de chemin de fer économique), leur poterie était acheminée par le train qui circulait jusqu’à la Borne. 
alexandre foucher la borne
Lorsque qu'Alexandre Foucher tombe malade, il demande à son beau-fils Jacques de terminer une cuisson au bois. Un challenge, car le jeune homme n'a jamais fait ce type opération. Forcé de se lancer seul, il finalise sa formation de potier : le succès est au rendez-vous avec une cuisson parfaitement réussie. Jacques Migeon reprend l’atelier artisanal de poterie et poursuit l'activité familiale. Sa réputation de bon tourneur est connue et reconnue dans le village ( ci-dessous des pièces en grès de Jacques Migeon). 
Si Jacques Migeon préfère la cuisson au gaz, la dernière cuisson au feu de bois date de 1972 : le four est resté en l’état, les pièces tournées et les fagots de bois poussiéreux attendent en silence.
A l'époque des Fourcher, les pièces n'étaient pas émaillées, elles le seront après la seconde guerre mondiale. Dans le four, les vases reposés sur des galettes pour permettre l'empilement des pièces. Avant l'utilisation de montres pyrométriques, des tasses étaient placées dans le four. A l'aide d'une longue perche on en récupérait une, que l'on plongeait dans un seau d'eau : l'absence de casse indiquait la fin de la cuisson.  
Quant à Didier Potelune, revenu au village, le jeune homme décide lui aussi de s’aventurer dans la céramique. Dès 1977, il se forme au métier dans l’atelier de Jacques Migeon, son futur beau-père. Il travaille aussi chez Jacques Vilain (1945-2009) à Fussy et à L’Argile à Sancerre. 
En 1996, au départ en retraite de Jacques Migeon, Didier reprend l’atelier familial et poursuit l’activité dans le respect des traditions anciennes en modernisant les formes et les émaux. Comme ses prédécesseurs, l’homme prépare son mélange de terre (deux terres proviennent du Puisaye, et une troisième de la Borne). Il est le dernier à la Borne à extraire dans les trous de terre, la matière.

La terre préparée est tournée et séchée. Le four à bois est remplacé par un four à gaz : la première cuisson se fait à 900° pendant 9 heures. Ensuite, l’émail est appliqué par trempage, soit au pinceau ou au pistolet. Une seconde cuisson à 1300° de 10 heures permet de révéler la beauté des émaux. 

En alchimiste, Didier continue ses recherches de palette d’émaux combinés à diverses cendres pour sublimer ses pièces.

L'évolution de la poterie
Durant l’époque des Foucher, la terre était utilisée pour fabriquer des contenants utiles à la conservation de la nourriture comme les saloirs, les pots à lait, des jarres, mais aussi des pots de fleurs, des briques, des tuyaux, des mitres de cheminées, des galettes et des piliers pour poser les pièces … 
Poterie de Cliousclat
Au fil du temps, avec l’arrivée des réfrigérateurs électriques, les grands pots ne trouvent plus  preneurs. 

Avec des formes traditionnelles revisitées, la poterie de belle qualité est orientée vers le culinaire (assiette, bol, cruche, pichet …) et le décoratif. 
 didier potelune
Didier Potelune apporte un regard jeune et moderne tout en incarnant l’âme et l’excellence de la technicité bornoise. 
Sa boutique-atelier est ouverte au public, l’homme passionné accueille avec chaleur et générosité le visiteur.  

Et peut-être, à l'avenir, une nouvelle cuisson pour raviver ce vieux four à bois qui sommeille depuis plus d’un demi-siècle ? 

Voir plus de pièces

Je remercie Didier Potelune pour son accueil à l'atelier, la visite du four et le partage des photographies.

Texte © Christine Lavenu  (publié 05/12/2025)
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Sources, pour voir et en savoir plus : 
Deux entretiens avec Didier Potelune, Aout 2025
Potiers de grès, sceaux et signatures de 1941 à 1985, Denis Goudenhooft, Edition Complément d'objets, 2010
La Borne un village et ses alentours, de 1941 à nos jours, RCV, n°118, mai-juin 2001
La Borne, histoire & patrimoine, Jean-Pierre Gilbert, édition l'Alandier, octobre 2019