Joël Marot (1961)
Céramiste contemporaine à La Borne.

Né en 1961 à xxxx, fasciné par les astres, Joël Marot vit avec une certitude intime : dans l'univers, tout gravite autour d'un centre, chaque élément cherche son axe. Cette sensibilité cosmique a guidé un parcours de près de quarante ans, entièrement dédié aux métiers d’art.
Son voyage commence dès 1976. À seulement 16 ans, il intègre l’École Nationale de Vannerie et de Jonc à Fayl-Billot avec une ambition déjà claire : façonner de beaux objets. Poussé par le désir de créer un jour sa propre théière, il se tourne ensuite vers la terre. Il suit diverses formations à l'Unipop, s'initie aux techniques auprès de François Ève et se perfectionne en 1995 au Cnifop.
Pendant plus de vingt ans, Joël apprivoise le grès, le tournage d'œuvres utilitaires et arpente les marchés potiers.
Mais, ressentant le besoin de faire une pause avec la céramique, l’homme s’oriente vers la lumière en suivant une formation au Centre International du Vitrail de Chartres. Devenu peintre-verrier diplômé en restauration du patrimoine commun, il exerce cette discipline dans l'atelier qu'il crée en 2023 à Ayen (Corrèze). Il y réalise des pièces allant des icônes religieuses aux compositions contemporaines, tout en transmettant son savoir.
Pourtant, l'année suivante, l'attraction de la terre, intrinsèquement liée aux origines de l'humanité, s'avère la plus forte : il renoue alors avec son tour de potier.
En 2020, il quitte la Corrèze et s’installe dans le village de potiers de
La Borne
(le Cher). Imprégné par l'histoire mythique de ce haut lieu de la céramique et par la magie des cuissons au bois, son travail se réoriente. C'est dans ce dialogue avec le feu et la matière que Joël Marot trouve enfin le médium idéal et le lâcher-prise absolu pour libérer la forme. Depuis, il développe une œuvre sculpturale singulière à la géométrie habitée.
Un virage vers la construction et l’architecture
« Je travaille à la plaque, ce qui m’amène à l’architecture : le résultat est très précis ou ultra-brut. »
Délaissant définitivement le tour pour l'assemblage de plaques de grès chamotté, l'artiste brise les codes traditionnels. Ses œuvres asymétriques aux équilibres suspendus naissent loin du hasard, guidées le dessin. « Je travaille comme un peintre, je compose », confie-t-il.
Pour donner à ses sculptures la texture d’une roche organique, Joël incruste dans le grès du bois, du métal, du verre ou du sable, recouverts d'engobes et de cendres qui craquellent au feu.
Façonnées à la plaque ou au colombin, ses sculptures ne rencontrent la flamme que deux à trois fois par an, lors des cuissons dans son four à bois de 500 litres.
La haute température y grave des reliefs et des textures uniques propres à la Borne.
L’équilibre des contraires : entre constructivisme et primitivisme
« J’oscille entre le constructivisme et le primitivisme. »
À travers l'argile, Joël Marot fusionne deux esthétiques opposées : la rigueur géométrique des avant-gardes et la poésie brute des formes archaïques.
Fasciné par les forces invisibles, l'équilibre et les tensions cosmiques, il appréhende l'œuvre comme une architecture à bâtir. Ses pièces, assemblées par plaques, forment de véritables structures modulaires où s'imbriquent plans orthogonaux, arêtes nettes et volumes géométriques.
Cet obsessionnel du cercle, qui a fait du symbole solaire l’une de ses signatures, place souvent la roue au cœur de ses créations. Ses sculptures défient la gravité par des jeux de porte-à-faux et des articulations qui évoquent des engrenages endormis, des leviers ou des mécanismes industriels dysfonctionnels.
Mais si l’ossature est constructiviste, l'âme de ses pièces est profondément primitiviste. Le grès prend le visage d'un artefact archéologique ou d'une roche érodée par le temps. Loin du simple objet décoratif, ses créations deviennent de véritables idoles abstraites. À l'image de l'Omphalos, ce « nombril du monde » antique, ses sculptures unissent la logique de l'architecte au mystère du sacré, reliant l'Homme au cosmos.
Un voyage onirique aux frontières du temps
Joël Marot puise son inspiration dans ses rêves nocturnes. Les croquis issus de cette « mémoire étoilée » guident ensuite ses mains dans l'atelier, jetant des ponts suspendus entre le songe et la matière.
Dans ce théâtre de l'inconscient, il fusionne des évocations du vivant (silhouettes de chevaux, têtes stylisées, courbes de seins) avec des structures géométriques, presque robotiques.
De ces mutations organico-cybernétiques naissent des familles au nom évocateur : Sémaphore, Enclume, Totem, Demeure intérieure, Objet indécis, Boli, Observatoire Architecture ….
Ces structures n'ont pas d'âge. Elles semblent appartenir à une civilisation préhistorique disparue ou à un futur lointain, survivant à l'humanité.
Ici, les flammes gravent l'histoire du feu dans le grès. L'absence d'émail laisse place à des textures mates et brutes évoquant la rouille, la roche ou la fossilisation.
S'agit-il d'outils néolithiques futuristes ou d'idoles mystiques ?
Derrière l'abstraction se cache une forte charge symbolique liée aux songes et aux origines du monde.
Le jardin des mythes : des refuges face au virtuel
Pénétrer dans le jardin de Joël Marot, c’est entrer dans un terrain de jeu où s’inventent de nouveaux systèmes de croyances. Dans ce dédale habité règne un sentiment de sacré et de silence, où des forces imperceptibles s’harmonisent autour de vestiges d’un quotidien inconnu. Le résultat est une œuvre contemplative, qui suscite le respect silencieux d'un temple archaïque.
Ces structures de l'esprit interrogent-elles la trace de l'Homme face au temps ? La roue y cherche-t-elle un ancrage universel ? Ce travail transforme-t-il la machine en une idole habitée, façonnée par la main de l'Homme ?
Par son côté tribal, le primitivisme futuriste de Joël Marot rappelle que, quelle que soit l’époque, la nature humaine a un besoin viscéral de mythes, de rituels et de clans. Face à notre monde technologique saturé d’écrans et de virtuel, ses totems, observatoires et architectures en chapelle agissent comme des refuges et des garde-fous à contre-courant de notre ère robotisée.
Au cœur de ce jardin mystique, la figure du Minotaure aux larges épaules métallisées veille comme un guerrier-protecteur, incarnant la colère du monstre domptée et transmuée en une force bienveillante.
Osez franchir les portes de ce jardin de pierre et de silence, et laissez-vous emporter par l'esprit intemporel des sculptures.
Je remercie Joël Marot pour son accueils sympathique et le partage des photographies.
Texte ©Christine Lavenu, publiée 22/10/2026 - photos © CL & J.Marot
Sources, pour voir et en savoir plus :
- Entretien avec JJoël Marot dans son atelier à la Borne août 2026
- Contacter JOEL MAROT
- Instagram de Joël Marot
- Centre céramique contemporaine la Borne
- Ouvrage L'esprit des formes, Joël Marot
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