Jean-Joseph Marie Carriès (1855 - 1894)
Né à Lyon, fils de cordonnier, Jean Carriès est orphelin à l'âge de 6 ans. Recueilli par une institution de sœurs religieuses (par la mère Callaman, de la maison Saint-Jean des Filles de la Charité de Saint-Vincent de Paul ), vers 1868, il se forme comme apprenti modeleur estampeur chez le sculpteur d'objets religieux, Pierre Vermare (1835-1906), et suit quelques cours à l'Ecole des Beaux-Arts de Lyon. Fin 1873, il quitte Lyon pour Paris.
De 1875 à 1888, il modèle une série de bustes mêlant l'étrange avec les Têtes de Bébés et le dérangeant avec les Désespérés, qui représente des marginaux et des pauvres. L'audace de ses formes témoignent déjà d'une forte imagination et une prédisposition pour le fantastique. Jean Carriès modèle à la perfection la réalité. Au Salon de 1881, il est remarqué pour sa tête décapitée de Charles Ier et ses bustes des Déshérités en plâtre patiné.
De 1883 à 1888, il travaille avec le fondeur Pierre Bingen (1842 -1900) sur une série de grandes figurines historiques en fonte à cire perdue. Le succès est au rendez-vous, ce qui lui permet financièrement de quitter Paris pour expérimenter une nouvelle matière, la terre. Si l' idée date de 1878 lorsqu'il a découvert les œuvres japonaises en grès émaillé à l’Exposition Universelle de Paris, dix années seront nécessaire pourqu’il franchisse le pas.
Sa rencontre en 1886-1887 avec Paul Gauguin , par l’intermédiaire de Ernest Chaplet l'encourage dans cette voix.
En 1888, il apprend le métier à Saint-Amand-en-Puisaye, cité connue pour son argile et ses potiers. Aux techniques anciennes, il crée de nouveaux procédés de glaçure dans les variations de brun, de beige et de crème. Aux anciens portraits, il imagine des bustes d'animaux et de masques fantastiques. Le style réaliste se métamorphose en caricature frisant le grotesque. Exécuté en bronze, en plâtre patine et en grès de couleurs différentes, Le Faune est une de ses œuvres oniriques les plus évocatrices des créatures fabuleuses liant l'homme et l'animal.
Le monde animalier de Jean Carriès, étrange et fantastique est peuplé de monstres et de chimères, inspirés autant à l'imagerie médiévale qu'aux décors japonais présentés à l'Exposition universelle de Paris en 1878.
L'art de Jean témoigne de sa sensibilité à l'observation de la nature et sa capacité à remettre en question l'ordre du monde.
En 1892, il expose 130 pièces au Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts, et reçoit les louanges de la critique, ce qui lui vaut d'être nommé chevalier de la Légion d'honneur.
Par la suite, l'État décide d'acquérir douze grès destinés pour les musées du Luxembourg et de Sèvres .
Dans la tradition de la poterie du Puisaye avec un léger esprit japonisant, Jean Carriès a créé des pots d'une grande perfection, dont s'inspirent les jeunes céramistes de son époque, comme Alexandre Bigot ou Paul Jeanneney et Georges Hoentschel , son ami qui reprendra à son décès son atelier avec ses fours.
Si la gloire était au rendez-vous, ses travaux pour la commande titanesque de la porte de Persifal (pour la princesse Louis de Scey-Montbéliard, qui souhaitait le manuscrit de Parsifal de Richard Wagner), composée de 600 carreaux de gré émaillé, liant l'art gothique et l'art japonais, qui resteront d'ailleurs inachevés, ont causé la ruine financière et physique de Jean Carriès.
Mort prématurément d'une pleurésie en 1894 chez son ami Georges, ce sculpteur et potier de génie laisse une œuvre importante conservée dans les musées ( Musée d'Orsay, Le Petit Palais, Musée du grès Saint Amand, Musée des Arts Décoratifs de Paris, Musée des Beaux-Arts Lyon..).
La passion du grès de Jean Carriès a fait des émules chez Georges Hoentschel, Emile Grittel, Paul Jeanneney, Eugène Lion, William Lee, Nils de Barck, Théo Perrot, Jean Pointu, Pierre Pacton et Henri de Vallombreuse qui par ce mouvement artistique ouvre la voie de la céramique moderne.
En 2020, le musée national Adrien Dubouché, en collaboration avec la Cité de la céramique, organise l'exposition 'Formes vivantes' et présente la 'Grenouille à oreilles de lapin' en grès , 1891 de l'artiste. L'émail verdâtre et la peau grumeleuse revoient à la métamorphose du batracien.
Texte © Christine Lavenu (09/11/2019, maj 19/08/2026) & Photographies © Pascal Grojean , Christine Lavenu
Sources, pour en savoir plus et voir plus :
- La céramique contemporaine par Michel Faré - Compagnie des arts photomécaniques, Strasbourg, Paris 1953
- musée du grès de Saint-Amand-en Puisaye
- musée d'Orsay
- Gré en Puisaye
- Musée Adrien Dubouché
- Passion du grès, L’école de Carriès 1888-1914, Patricia Montjaret & Marc Ducret, Fondation Neumann, Gingins – Suisse- Musée Saint-Germain, Auxerre France.
- La revue de la céramique et du verre janvier février 2020, numéro 230




