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René Anchierri (1905-1987)


Potier, céramiste savoyard

rené anchierri

Né en 1905 à Annecy au sein d’une famille aux racines piémontaises, René Anchierri grandit auprès de parents directeurs d'école. Dans ce cadre familial lettré et stimulant, il reçoit une solide éducation. Brillant élève, il obtient son certificat d’études à seulement douze ans avec une mention spéciale pour le dessin. Ce passionné de botanique arpente les montagnes savoyardes pour récolter des plantes médicinales.

C’est ainsi qu’il gagne ses premiers revenus en envoyant sa cueillette sauvage de valériane et de colchique à un grossiste lyonnais.

En 1918, son talent pour le graphisme lui ouvre les portes de l’École des Arts et Métiers d’Annecy. En 1920, il suit l’enseignement de son professeur de dessin, le céramiste Paul Jacquet (1883-1968). Conscient du potentiel artistique de l’adolescent, le maître lui ouvre les portes de son atelier céramique après les cours. 

Dessin préparatoire années 1920.

rené anchierri

Du trait anonyme au nom d'artiste, le temps de l'indépendance

Le jeune René apprend alors à tourner la terre et à décorer les pièces avant cuisson. Bien qu'il obtienne à seize ans son brevet pour devenir instituteur, marchant ainsi dans les pas de ses parents, la passion de la terre l'emporte définitivement sur le pupitre. Il s'engage alors dans une collaboration majeure avec le maître Paul Jacquet à Annecy.

Excellent dessinateur, il produit des dizaines de croquis préparatoires qui servent de catalogue pour l'atelier et participe à des projets prestigieux, notamment pour les ensembliers Francis Jourdain et René Herbst, ainsi que pour l’atelier d’art Primavera.

La période de 1921 à 1924 marque l'âge d'or de leur association. Ensemble, ils façonnent un style savoyard unique, mêlant les recherches d'émaux de Paul aux lignes graphiques de René.


Les succès s'enchaînent : en juillet 1921, René remporte les premiers prix de dessin de la Société des Beaux-Arts de Haute-Savoie et expose ses aquarelles au Salon d'Annecy. Pourtant dans l’ombre de l'atelier, René crée ses propres modèles, acceptant encore de laisser ses œuvres naître sans y apposer son nom.

En 1924, un incendie ravage l'atelier, poussant le jeune homme à devancer son service militaire. Lors d'une permission à Paris en 1925, en visite à l'Exposition Internationale des Arts Décoratifs, il découvre ses propres créations exposées anonymement dans les vitrines de Jacquet et des ensembliers, où elles décrochent un diplôme d'honneur. Cette même année, souhaitant enfin signer ses propres pièces, il essuie un refus catégorique de Paul Jacquet. Cette décision précipite son départ de l'atelier et de sa ville natale : René Anchierri choisit de quitter l'ombre pour voler de ses propres ailes.


L’envol du jeune décorateur  

Après un emploi de tourneur dans la faïencerie orléanaise "Labrut & Recullé, soutenu financièrement par sa famille, René Anchierri installe son premier atelier à Orléans au 16 rue Greffier, où il exerce de 1926 à 1928.

René Anchierri, 1926

rené anchierri

Signature René Anchierri

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Il développe ses propres créations tout en exécutant à distance des contrats pour Paul Jacquet, qui n'a pas fini de reconstruire sa fabrique.



Les pièces de René Anchierri restent alors très influencées par le style savoyard appris à Annecy.


Les productions des deux hommes sont si proches qu'elles se confondent : pour les distinguer, René signe certaines pièces "Jacquet" en utilisant un "a" en lettre d'imprimerie.


Son atelier artisanal grandit et des ouvriers sont recrutés, tandis que René assure seul les décors.


En diffusant ses pièces dans son propre magasin, idéalement situé dans le vieil Orléans, le succès est rapidement au rendez-vous.

Vase Paul Jacquet

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Motif du décor René Anchierri

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Signature Paul Jacquet

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En 1929, René Anchierri fonde la "Forah" (Fabrique Orléanaise René Anchierri). L’équipe s'enrichit de tourneurs comme Louis Aubort, futur artisan chez Jacques Blin(à confirmer), et de décorateurs comme le jeune Roland Brice, futur collaborateur de Fernand Léger.

Le krach boursier de 1929 oblige René à licencier son personnel dès 1931. Pour surmonter la crise, il diversifie sa production : il se tourne vers la céramique funéraire, poursuit la sous-traitance de grosses pièces pour Jacquet et imagine des créations modernes style Art-Déco. Ses vases, pieds de lampes et sculptures animalières (félins, oiseaux, éléphants) aux couvertes craquelées, granitées ou émaillées de noir et d'or, plaisent et intègrent les grands magasins parisiens.

rené anchierri

Dès 1933, son atelier compte alors plus de 20 personnes. Parallèlement, René expose ses pièces personnelles au salon de la SAD (Société des Artistes Décorateurs) à partir de 1930. C’est à cette époque qu’il met au point son fameux émail granité, qui lui vaut une médaille d’argent à l’Exposition universelle de 1937.

Ironie de l'histoire, Paul Jacquet y remporte la médaille d’or avec des pièces secrètement façonnées par René à Orléans. Cette ultime injustice scelle la fin définitive de leur longue collaboration.


Le souffle de la guerre, le temps de la renaissance

L'élan de l’entreprise artisanale est brutalement stoppé par la Seconde Guerre mondiale. Mobilisé dès 1939, René Anchierri licencie son personnel et ferme les ateliers Forah.

Prisonnier de guerre durant le conflit, il rouvre l'atelier orléanais après sa libération et le retour à la paix. Malgré une reconstruction économique difficile, la production de pièces utilitaires et décoratives reprend.


L'atelier tourne encore pendant une décennie avant de fermer définitivement ses portes entre 1956 et 1957, car René et son épouse Marie Paturel, elle aussi native d’Annecy, souhaitent revenir sur leurs terres natales.


L’appel du lac et de la terre : Nissy 

À l’été 1953, René ouvre une boutique-atelier nommée  "Nissy Poterie du Lac" près d’Annecy, afin d’y diffuser les pièces de Forah et d'amorcer une nouvelle orientation artistique. En cédant la marque Forah à son successeur Lallier en 1956, il tourne la page de ses années orléanaises. Dans sa petite structure savoyarde de trois personnes, René crée les modèles, tourne et décore les pièces uniques, tandis que Marie tient la boutique savoyarde.

La production évolue vers un style moderne et coloré, inspiré de Vallauris.


René affirme son identité visuelle grâce à des fonds noirs ou bleu-vert qui font ressortir les couleurs vives de son décor animalier. Le rouge vif est sa spécialité. Ce style joyeux et coloré, qui répond aux attentes des touristes, se décline en pichets géométriques, vases élancés et masques muraux d'inspiration africaine. Les pièces sont signées à la pointe :  Nissy Annecy ou Missy Annecy.


L'activité s’étend en 1957 avec l'ouverture d'une seconde boutique au 2 de la rue du Lac à Annecy. 

rené anchierri

L'aventure prend fin en 1972, lorsque le couple Anchierri prend sa retraite et ferme ses deux commerces. L'histoire céramique de l'atelier se poursuit néanmoins en 1973 avec sa reprise par Jacky Liard, ancien employé de l’atelier voisin  "Le Cyclope". 


Le laboratoire des jours heureux

Le couple retraité s’installe à Mirabel-aux-Baronnies, dans la Drôme provençale.


À partir de 1972, René Anchierri cesse toute production commerciale intensive, mais transforme le lieu en un véritable laboratoire expérimental. Entre 1975 et 1987, il se consacre à la recherche pure : création de nouvelles textures, essais chimiques d'émaux et conception de formes uniques, et ce jusqu'à sa disparition en 1987. Il laisse ainsi une production confidentielle de pièces uniques, non destinées à la vente, dont certaines sont datées et signées AR.


De l'Art Déco à la modernité : une signature savoyarde mise en lumière

À la croisée de l'artisanat d'excellence, de la science des émaux et d'une vision artistique, l’œuvre de René Anchierri révèle un artiste complet. Ayant traversé avec résilience la crise de 1929 et les bouleversements de la Seconde Guerre mondiale, l'homme a su constamment adapter son atelier et faire évoluer son esthétique. Son talent de décorateur et sa capacité à se renouveler lui ont permis d'inscrire durablement ses pièces uniques en phase avec la modernité de son époque, alliant un savoir-faire technique rigoureux à une profonde sensibilité visuelle.


Aujourd'hui, le site La Céramique à Cœur constitue une mine d'or indispensable, rassemblant une multitude d'informations, de détails d'archives et de photographies pour faire rayonner la mémoire de son œuvre.


Je remercie Thierry Maillot et Florence Berland, pour leurs informations et le partage des photographies.


Texte Christine Lavenu, publiée 22/10/2026 - photos © T.Maillot & F. Berland


Sources, pour voir et en savoir plus : 

 

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